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Photo de Martin Dubois

Le bois où on ne l’attendait plus

Le bois revient en force dans l’architecture québécoise depuis quelques années. Matériau de construction traditionnel par excellence au Québec, le bois a toujours été présent dans les bâtiments sous une forme ou une autre: charpente, revêtement, portes et fenêtres, décor, etc. Il a toutefois été délaissé, surtout dans la 2e moitié du 20e siècle, au profit d’une multitude de nouveaux matériaux modernes. Si bien qu’on avait un peu oublié les nombreux avantages du bois naturel, une matière dont nous disposons abondamment. Avec la récente crise du bois d’œuvre, l’industrie du bois a du se réinventer, et c’est par la production de nouveaux produits à valeur ajoutée destinés à la construction que réside en grande partie sa survie. La montée des préoccupations environnementales et écologiques dans la construction favorise également une utilisation novatrice du bois. Et c’est l’architecture contemporaine qui en sort grande gagnante!

L’intérieur du stade TELUS-Université Laval avec ses grandes arches en bois lamellé-collé, 2012. Architectes ABCP Architecture et Coarchitecture. Photo Stéphane Groleau

L’intérieur du stade TELUS-Université Laval avec ses grandes arches en bois lamellé-collé, 2012, conçu par ABCP Architecture et Coarchitecture. Photo Stéphane Groleau

Le bois lamellé-collé
Nos forêts ayant été vidées des grands arbres à partir desquels on créait autrefois de longues poutres massives, des mâts de bateaux ou des madriers très larges, il est de nos jours pratiquement impossible de produire de grosses pièces en bois d’un seul morceau pour construire des structures de bâtiment. C’est ici que le bois lamellé-collé devient une solution intéressante. Faute de grandes pièces de bois, on en préfabrique en collant et en croisant ensemble de plus petites pièces (lamelles) à l’aide de résines très performantes. On peut alors donner des formes particulières et des dimensions impressionnantes aux poutres qui sont encore plus résistantes qu’un seul bloc de bois. L’idée n’est pas nouvelle. Dès les années 1950, les poutres de bois lamellé-collé étaient monnaie courante dans les églises et les bâtiments ayant besoin de grandes portées. D’ailleurs, l’ancienne église Saint-Denys-du-Plateau, récemment devenue la bibliothèque Monique-Corriveau (dont je vous ai déjà parlé dans un billet précédent), a été construite à l’aide de grandes poutres lamellées-collées. Un peu tombée dans l’oubli, cette technique est revenue en force, notamment grâce à des entreprises comme Chantiers Chibougamau‑Nordic Bois d’ingénierie qui a été un précurseur dans le domaine.

Les stades de soccer Chauveau et TELUS-Université Laval, avec leurs grandes arches en bois lamellé-collé, sont spectaculaires. Ils ont tous 2 remporté de nombreux prix d’architecture pour leur audace et la qualité de leur design. À ce chapitre, le Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois (Cecobois) décerne annuellement, depuis 2010, des prix d’excellence dans le but de célébrer l’utilisation du bois dans l’industrie de la construction. La liste des lauréats de chaque année, disponible sur leur site Web, constitue une magnifique galerie de bâtiments en bois de qualité des 4 coins du Québec.

Des ponts de nouvelle génération
En plus de bâtiments de grande portée, des ponts ont récemment été construits avec des arches en lamellé-collé. C’est le cas du pont sud de la forêt Montmorency, construit par l’Université Laval en 2011. Ce pont arqué d’une longueur de 44 mètres constitue un bel exemple d’une utilisation moderne et adaptée de la matière ligneuse tout en devenant une vitrine du savoir-faire québécois en ce qui a trait à l’utilisation du bois dans la construction de grands ouvrages.

Grâce à ce concept architectural et environnemental novateur, l’Université Laval a également démontré une gestion responsable des ressources et réduit son empreinte écologique. Plus récemment, en 2013, le ministère des Transports du Québec a aussi testé ce type de structure. Le pont Bishop de Notre-Dame-de-Portneuf est également un pont arqué en lamellé-collé, cette fois de 37 mètres. Cette technique s’avère actuellement un peu plus chère que le béton ou l’acier en raison du caractère unique et expérimental de ces projets, mais à la longue, avec la construction de plusieurs ponts de ce genre, le coût devrait baisser.

C’est d’ailleurs ce que vise la Charte du bois du gouvernement du Québec qui encourage l’utilisation de cette matière dans la construction de bâtiments et d’infrastructures afin qu’une industrie et qu’une expertise québécoises se développent et que l’option du bois devienne de plus en plus compétitive.

Le pont sud construit par l’Université Laval dans la forêt Montmorency, 2011. Photo Marc Robitaille

Le pont sud construit par l’Université Laval dans la forêt Montmorency, 2011. Photo Marc Robitaille

Vers des bâtiments en hauteur
Nous avons déjà à Québec 2 immeubles contemporains de 6 étages construits avec une charpente de bois. Tous 2 implantés dans le quartier Saint-Roch, il s’agit de l’édifice de Fondaction CSN, érigé en 2010 sur le boulevard Charest, et des copropriétés District 03, construites en 2014 sur la rue de la Reine. Alors que le Code national du bâtiment ne permettait jusqu’à aujourd’hui qu’un maximum de 4 étages pour les immeubles en bois, ces 2 nouveaux bâtiments ont démontré qu’il était possible et sécuritaire de construire des immeubles en hauteur avec des poutres et des colonnes en bois d’épinette lamellé-collé et de gigantesques panneaux structuraux en lamellé-croisé.

En effet, on pourrait penser que d’un point de vue sécurité-incendie, le bois représente un risque accru. Toutefois, les pièces de bois utilisées sont tellement massives qu’elles peuvent résister assez longtemps aux flammes avant que celles-ci n’attaquent l’intérieur des poutres et des colonnes qui ont une meilleure résistance au feu que les structures d’acier qui se déforment sous l’effet de la chaleur. Les usagers ont ainsi largement le temps d’évacuer le bâtiment avant que la structure ne s’effondre.

Avec ces nouveaux bâtiments novateurs, le Québec possède dorénavant une meilleure expertise dans le bois d’ingénierie. Les recherches dans le domaine, qui sont notamment réalisées au Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval, portent autant sur les techniques d’aboutage que de collage et d’usinage de ces matériaux de bois.

Le pavillon Gene-H.-Kruger de l’Université Laval, 2006. Architectes Gauthier, Gallienne et Moisan

Le pavillon Gene-H.-Kruger de l’Université Laval, 2006 conçu par le consortium Gauthier Gallienne  Moisan.

Un nouvel édifice résidentiel de 12 étages devrait même bientôt voir le jour dans le futur écoquartier de la Pointe-aux-Lièvres à Québec, repoussant encore plus les limites des codes de construction.

Chose certaine, on verra de plus en plus de bâtiments en bois dans notre paysage bâti ces prochaines années, comme dans les pays scandinaves, au climat comparable au nôtre, où le bois est grandement utilisé dans les constructions. Je doute que les bâtiments en bois de grande hauteur deviennent très fréquents, mais des immeubles comme le pavillon Gene-H.-Kruger de l’Université Laval, le terminal de collecte des matières résiduelles de la Cité Verte ou l’édifice de TeraXion seront sans doute plus nombreux dans l’avenir. L’utilisation du bois en construction laisse une empreinte environnementale moins profonde que l’acier ou le béton, sans parler de ses qualités esthétiques qui sont de plus en plus recherchées, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des bâtiments contemporains.

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