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Photo de André Desrochers

La fin des abeilles? Non.

Dans la prolifique série des préoccupations environnementales de l’heure se joue actuellement un épisode fort intéressant: celui du déclin, réel ou imaginé, des abeilles domestiques et autres hyménoptères dont les services de pollinisation sont essentiels pour une part importante de la biodiversité de la planète incluant, bien sûr, les humains. J’aime bien le néologisme anglais bee-pocalypse pour décrire cette inquiétude qui refait régulièrement surface dans les médias.

abeilles

J’aurais pu en parler bien avant, mais l’idée a récemment surgi lorsqu’une de ces abeilles est venue m’importuner sur une terrasse (c’est la saison…).

Au départ, comme pour d’autres dossiers que je ne nommerai pas, je me suis dit: «Oui, il doit y avoir danger, puisque les experts, des scientifiques comme moi, le disent.» En revanche, comme toujours lorsqu’on s’informe, on doit composer avec les déclarations d’experts, de journalistes pas toujours ferrés en science et d’activistes qui peuvent, hélas!, donner la fausse impression d’une belle unanimité dans le diagnostic d’un problème et dans ses solutions. Pourtant, pour l’ensemble des enjeux environnementaux, il existe une pluralité de messages. C’est la complexité des données et des interprétations qui nous permet de choisir notre camp idéologique et d’en lire les textes sacrés pour mieux étayer notre opinion. Et si les faits évoluent contre notre idée préconçue, tant pis… ou tant mieux!

Mais revenons à nos abeilles. Comme il le fait souvent, c’est le biologiste-blogueur Matt Ridley qui a éveillé le sceptique, jamais très loin en moi, avec son article paru en mai dernier dans le Time à propos de la mort annoncée des abeilles et autres hyménoptères. J’ai finalement pris le temps, avant la rentrée, de faire un peu de recherche sur le sujet, passant de l’état de paresse intellectuelle – les scientifiques le disent, cela doit donc être vrai – à celui de curiosité: que doit-on penser de cette «crise des abeilles»? Est-ce là une création médiatique ou un réel enjeu de biodiversité, voire de survie des humains?

Une convergence de problèmes
D’une part, la question des abeilles alimente les médias, car elle contient tous les germes des nouvelles qui font vendre: catastrophe annoncée, industrie et argent, conspiration soupçonnée; la politique, quoi.  D’autre part, elle a tout pour plaire à certains écologistes en mal de révolution qui voient dans ce problème une occasion de secouer la population, insuffisamment sensibilisée selon eux, et de la mobiliser contre les saccages, réels ou imaginés, d’un néolibéralisme à abattre.

Une des cibles favorites des activistes dans ce dossier? Les néonicotinoïdes. Ces molécules au nom imprononçable agissent sur le système nerveux des insectes et sont très utilisées comme pesticide partout dans le monde depuis les années 1990.  Les néonicotinoïdes se révèlent un insecticide très efficace, et on croit qu’ils sont assez inoffensifs pour les humains. Un de leurs principaux avantages réside dans leur mode d’épandage. Pour faire une histoire courte, on en enrobe les graines, on sème, et la croissance de la plante s’occupe du reste, éliminant ainsi le besoin d’épandre à perte de vastes quantités d’insecticide dans l’environnement.

Cela dit, comme pour d’autres enjeux environnementaux, il serait simpliste de ramener le tout à un seul coupable. En fait, la recherche scientifique pointe du doigt une bonne dizaine de facteurs qui convergent pour rendre la vie difficile aux abeilles et à leurs consœurs: la perte d’habitat (intensification agricole, etc.), les aléas du climat, les pathogènes de toutes sortes, les vecteurs de ces derniers, l’incompétence de certains apiculteurs amateurs qui envahissent le marché, etc., et, ironie quand tu nous tiens, les vastes cultures de biocarburants. Enfin, le plus important  facteur à l’heure actuelle serait la mite varroa, un parasite qui, en s’alimentant sur les abeilles, dissémine des pathogènes (virus, bactéries, etc.).

Peur du changement
Évidemment, quand on considère l’importance vitale de ces pollinisateurs pour les humains, la chute à court terme des populations d’abeilles a de quoi faire peur. Pourtant, la situation n’est pas nouvelle. De tels déclins se sont produits par le passé, aussi loin qu’au 19e siècle. Or, que sait-on des tendances à long terme de ces organismes et à partir de quand une fluctuation de leur population devrait nous inciter à l’action draconienne? Voilà une question essentielle à se poser en matière de conservation de la biodiversité.

Selon les données fournies par la Food and Agriculture Organization, la fluctuation des populations d’abeilles ne serait pas inquiétante dans le moment, sauf aux États-Unis et possiblement dans d’autres localités. En effet, globalement, les variations du nombre des populations n’auraient rien de particulier, si ce n’est qu’on assiste à une… augmentation soutenue et prononcée du nombre de colonies d’abeilles dans le monde!

Source : http://faostat3.fao.org/download/Q/QA/E.  Notez la hausse continue dans le Monde. Notez aussi que l’échelle de la courbe en bleu est plus de dix fois plus importante que celles en orange.

Source: http://faostat3.fao.org/download/Q/QA/E. Notez la hausse continue dans le monde. Notez aussi que l’échelle de la courbe en bleu est 10 fois plus importante que celles en orange.

Plus encore, la relative stabilité des tendances est plutôt étonnante, compte tenu des nombreuses transformations, liées de près ou de loin aux abeilles, auxquelles on a pu assister dans la société: changements socioéconomiques, transport croissant des colonies par les apiculteurs, variations du prix du miel (mondialisation, chute du bloc de l’Est, etc.) depuis les années 1990, époque où les néonicotinoïdes ont commencé à être largement utilisés sur la planète.

Ces données, toutefois, ne concernent pas les populations d’hyménoptères et autres pollinisateurs sauvages à propos desquelles nous ne connaissons ni les tendances à long terme ni les facteurs qui influencent leur fluctuation. Néanmoins, il semblerait que l’introduction par inadvertance de pathogènes pourrait agir sur leur nombre, comme ce fut le cas pour plusieurs amphibiens sur la planète et pour les chauves-souris dans l’est de l’Amérique du Nord.

Mais peu importe l’espèce, on devrait immédiatement soulever un petit drapeau jaune lorsqu’un commentateur, ou même un scientifique, nous annonce des déclins «sans précédent».

Syndrome d’effondrement des colonies
Les craintes sur l’avenir des abeilles (aux États-Unis et à quelques autres endroits comme en Ontario) se sont principalement déclarées avec l’avènement du «syndrome d’effondrement des colonies», détectable notamment par la désertion d’abeilles travailleuses, qui vont mourir loin de leur ruche. Ce phénomène aurait commencé à préoccuper de nombreux apiculteurs aux États-Unis, il y a une dizaine d’années, à la suite de séries de mortalités plus élevées que d’habitude et d’un déclin mesurable dans le pays. La préoccupation s’est étendue à l’Europe et à l’Ontario. Celle-ci, comme les États-Unis, a réagi en imposant une réglementation contre l’utilisation de certains néonicotinoïdes, invoquant le toujours utile «principe de précaution», c’est-à-dire déclarer ces pesticides coupables jusqu’à preuve du contraire. Si au moins ces 2 zones concernées s’étaient concertées, elles auraient pu développer une stratégie expérimentale appliquée à grande échelle. Par exemple, cibler des pays, des provinces ou des États interdisant ces pesticides, et d’autres pas. En administrant les 2 types de traitement de manière simultanée, mais dans des lieux différents, nous aurions pu tester l’effet réel de l’interdiction des néonicotinoïdes sur la survie des colonies d’abeilles, et donc, cesser de raisonner par spéculations. Mais, comme il semble qu’on ait mieux à faire, ici, que de la science solide, on devra se contenter d’interpréter les tendances et de publier des études qui «lient» ces tendances entre elles (corrélation, pas causalité). Ou, pire encore, invoquer des études dont les résultats sont «cohérents» avec notre préférence idéologique; «consistent with», une des expressions les plus détestables de la recherche scientifique.

Bref, ce que je retiens de cette histoire d’abeilles? Qu’il convient, encore et toujours, de se méfier des médias, des activistes et des chercheurs peu scrupuleux qui font leur miel des scénarios catastrophistes basés sur des suppositions sans fondements ainsi que sur des sujets aux retombées socioéconomiques et alimentés par une science souvent mal résumée et parfois mal pratiquée.

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  1. Publié le 14 septembre 2020 | Par François Delpeuch

    Nathalie Gravel.
    La référence à la Chine en l'espèce est on ne peut plus pertinente, sachant que la Chine est à la fois le plus gros producteur et le plus gros consommateur de néonics; on était, par exemple, en France dans les années 2013-2014 dans des volumes utilisés de l'ordre de 400 tonnes de matières actives néonics contre des milliers, voire des dizaines de milliers, de tonnes en Chine (30 000 tonnes de produit commercial).
  2. Publié le 28 mai 2018 | Par VALLEE

    Interdire ces produits peut-être, mais sur les betteraves, une plante qui ne fleurit pas! Le lobbying écolo aura bien fonctionné semble-t-il.
    Il faut bien faire plaisir à Monsieur Hulot avant qu’il ne prenne des vacances. 😂😂😂
  3. Publié le 3 mai 2016 | Par Olivier Guglielmo

    Bonjour Monsieur Desrochers,

    J'ai lu avec intérêt et effroi votre post sur la fin des abeilles.
    Avec intérêt, car en tant que scientifique reconnu, je me devais de porter attention à votre analyse.
    Avec intérêt toujours suite à la lecture de votre mise en garde: «C’est la complexité des données et des interprétations qui nous permet de choisir notre camp idéologique et d’en lire les textes sacrés pour mieux étayer notre opinion. Et si les faits évoluent contre notre idée préconçue, tant pis… ou tant mieux!». Au diable mon effroi, sur un sujet que je n'appréhendais qu'au niveau affectif et sur la base d'observations locales.

    En tant que scientifique et fort de votre capacité d'analyse, vous avez cité vos sources d'information, qui sont la base de votre raisonnement. Cela est louable, d'autant que vous nous avez épargné les erreurs d'exposants dans la base de donnée de la FAO (1E13 au lieu de 1E7...).
    Les données que j'ai recueillies corroborent vos courbes, cependant, la pertinence de la courbe mondiale du nombre de ruches ne peut servir cet article. En effet, cette courbe n'est pas pertinente au regard de l'influence des insecticides sur le nombre de ruches, car l’expansion mondiale est tirée par des pays ne pratiquant pas d'agriculture moderne dans les mêmes zones.
    Si l'on reprend les données de la FAO sur les USA ou sur l'Europe, on remarque clairement un déclin du nombre de ruches (1986 aux USA et 1992 en Europe).
    Si on croise les données de la même FAO sur le volume de pesticide utilisé dans ces mêmes pays, sur ces mêmes périodes, on voit de manière évidente que les courbes présentent des inflexions inverses sur la même période.

    Alors bien sûr, le nombre d’ascenseurs aux USA et en Europe a lui aussi augmenté depuis 1991, pour reprendre une de vos analogies sur l’impertinence des chiffres, mais il ne peut être nié qu'une interaction est envisageable. Tout comme il ne peut être scientifiquement nié qu'un insecticide puisse tuer des insectes.

    Aussi, à moins que votre interprétation des chiffres et des données ne soit une démonstration de votre camp idéologique, je serais ravi de vous lire sur la base de ce croisement des données si cher au traitement de l'information.

    Meilleures salutations.
  4. Publié le 11 septembre 2015 | Par André Desrochers

    @Science sans conscience
    En réponse à votre question: pas tout à fait. Il y a une place pour les études entièrement basées sur les corrélations, mais elles sont truffées de pièges au moment de l'interprétation. Dans les systèmes non réduisibles à une théorie mathématique exacte, j'irais aussi loin qu'affirmer que seules les manipulations expérimentales randomisées et répliquées assureront une inférence solide quant à la relation de cause à effet entre 2 phénomènes.
    Les études non expérimentales ouvrent la porte à des «effets confondants» (confounding effects), c'est-à-dire des variables non considérées, mais corrélées à celles auxquelles on attribue la cause. Mon exemple favori est celui de la corrélation entre le nombre d'ascenseurs et le nombre annuel de crimes perpétrés dans une ville. Cette corrélation, bien réelle, est aisément attribuable à la taille de la population, corrélée à la fois au nombre d'ascenseurs et au nombre de crimes. Mais encore là, on est dans les corrélations. Pour poursuivre avec cet exemple, une approche plus robuste serait de varier expérimentalement le nombre d'ascenseurs (le rendant indépendant de la taille de la population), et voir si la corrélation persiste entre le nombre d'ascenseurs et le nombre de crimes. Bien sûr, cela n'est pas faisable en pratique, mais ce serait tout de même la meilleure approche du point de vue strictement inférentiel.

    Durant mon quart de siècle de pratique de la science, j'ai surtout mené des études basées sur des corrélations, tentant soigneusement de tenir compte des effets confondants avec des modèles statistiques sophistiqués, mais les quelques études expérimentales que j'ai menées (sur le terrain, avec manipulations randomisées et répliquées) sont celles auxquelles je fais le plus confiance.

    La recherche non expérimentale n'est donc pas "mauvaise" en ce sens qu'elle a une utilité, juste moins grande que la recherche expérimentale. La recherche non expérimentale sert souvent à préparer le terrain à des recherches plus pointues, expérimentales (valeur "heuristique").
  5. Publié le 11 septembre 2015 | Par Science sans conscience

    «Mais, comme il semble qu’on ait mieux à faire, ici, que de la science solide, on devra se contenter d’interpréter les tendances et de publier des études qui "lient" ces tendances entre elles (corrélation, pas causalité). Ou, pire encore, invoquer des études dont les résultats sont "cohérents" avec notre préférence idéologique; "consistent with", une des expressions les plus détestables de la recherche scientifique.»
    Donc selon vous, les études qui s'en tiennent à des liens de corrélation ou dont les auteurs comparent leurs résultats à d'autres travaux sont des exemples de mauvaise recherche?
  6. Publié le 8 septembre 2015 | Par André Desrochers

    @Nathalie Gravel: Très intéressant, j'ai appris plusieurs choses (et les lecteurs aussi j'espère), merci. Mais il n'en demeure pas moins que le nombre global de ruches continue d'augmenter globalement, fait qui m'a étonné, car il passe sous silence dans les médias. Pour vous paraphraser, amener l'attention sur l'Amérique du Nord serait réducteur, car il faut d'abord évaluer l'ensemble. Ce qui n'enlève évidemment pas le mérite des comparaisons inter-régionales, comme cette expérience contrôlée (et répliquée, pas juste 1 témoin) que je proposais dans le texte.

    Ce que je dénonce surtout, c'est l'hyperbole du genre «A World Without Bees»[édité]. Je persiste et signe dans la dénonciation de ces abus de langage. Le relativisme écologique est un terme qui me convient, et depuis quand serait-il un défaut? L'establishment intellectuel vante bien les mérites du relativisme qu'il promeut dans les débats sur l'extrémisme religieux...

    Aussi, on peut conjecturer longtemps sur les groupes «témoins» comme Cuba, les poussières des machines, etc. N'empêche que le flou scientifique dans ce problème complexe ouvre toute grande la porte à des interprétations abusives et faciles. Tant les producteurs de néonicotinoïdes que les Suzuki et al. que vous citez en sont régulièrement coupables, j'en suis sûr. Je dis simplement: méfiez-vous des lunettes colorées des intervenants dans ces dossiers.
  7. Publié le 7 septembre 2015 | Par Nathalie Gravel

    Il est intéressant de soulever le thème si tardivement en effet, alors que c’est un sujet qui fait l’actualité scientifique mondiale depuis quelques années. Vaut mieux tard que jamais, dira-t-on! Mais pourquoi parle-t-on si peu de ce problème réel de déclin des populations d’abeilles en Amérique du Nord et en Europe (où, dans le dernier cas, on a imposé un moratoire de 2 ans sur l’usage des néonicotinoïdes en 2013) dans nos médias alors que plusieurs groupes d’activistes pancanadiens* se penchent sur la question et militent en faveur d’une plus grande vigilance et réglementation? Quels intérêts sont-ils protégés par ce silence par conséquent?

    Le relativisme écologique démontré dans votre blogue minimise les faits suivants:
    1) il est évident que les insectes pollinisateurs sont atteints par les insecticides (qui visent justement à réduire leur nombre, peu importe s’ils sont nuisibles ou non, ne faisant pas la différence entre eux);
    2) entre 35 et 40% de notre apport en fruits et légumes est menacé par une diminution du nombre d’abeilles (sans compter les pertes économiques associées à ces productions, prenons par exemple les bleuetières);
    3) si les régions nord-américaines sont touchées, il faudra se fier davantage aux importations alimentaires (souvent occasionnant des changements d’habitudes alimentaires – pensons à la consommation des petits fruits au Québec!);
    4) un insecticide dit systémique qui diffuse des substances 4000 fois trop fortes pour les abeilles tout au long de la vie de la plante a de quoi porter atteinte à une grande partie de la colonie qui ne retrouve plus son chemin pour revenir à la ruche – on parle d’intoxication chronique – (effet sur le système nerveux de l’abeille dont vous parlez). En plus, cette contamination prend aussi une forme indirecte, lors des semis: les poussières générées par la mécanisation de la mise en terre des semences enrobées dispersent les substances chimiques qui polluent à la fois le sol et l’eau, là où les abeilles s’abreuvent. En entrant directement en contact avec cet insecticide, elles subissent une intoxication aiguë qui cause leur mort subite. On recommande d’ailleurs aux agriculteurs au Québec de munir leur tracteur d’un paravent pour minimiser la diffusion de ces poussières (source: Agriréseau, Québec http://www.agrireseau.qc.ca/apiculture/documents/Protegeons%20les%20abeilles-V2.pdf).

    Si vous avez été incommodé par une abeille cet été, c’est plutôt une chance! Depuis 2 étés, je constate la chute d’abeilles mortes ou engourdies lorsque j’ouvre la porte de mon logis. Ce n’était clairement pas le cas auparavant. Dans mes périples dans les Amériques, j’ai noté une exception qui sert de groupe de contrôle: les colonies d’abeilles se portent bien à Cuba, endroit où le miel est un des produits d’exportation. Or, les insecticides sont utilisés en nombre limité sur l’île depuis l’embargo américain. Partout ailleurs dans les Amériques, on cherche les abeilles, même au Mexique où elles se font rarissimes! Tous ces autres pays ont un point en commun: les grandes surfaces en monoculture (avec les conséquences soupçonnées de réduction de biodiversité et de fleurs sauvages pour butiner, voir la première réaction d'un lecteur) et l'utilisation illimitée d'intrants chimiques (notamment ces semences enrobées).

    Utiliser l’échelle mondiale pour présenter la tendance démographique des abeilles cache évidemment les dynamiques régionales qui ont un impact direct sur la souverraineté alimentaire des populations et sur la production locale de ce nectar… entre consommer du miel de Chine et celui du Québec, le choix n’est pas difficile. Veut-on vraiment consommer du miel d’abeilles qui auront butiné près des villes polluées en Chine? Je vous invite donc à considérer l’échelle régionale dans votre analyse géographique et à vous joindre aux autres voix qui demandent davantage de régulation gouvernementale dans l’usage de substances chimiques en agriculture dont les effets sont méconnus! À défaut de règlements contraignants, on s’en remet à la «bonne volonté» des agriculteurs et des multinationales agricoles (dans le secteur de la conserverie au Québec) pour faire des choix écologiques alors qu’il est question du destin de nos fruits et légumes, de notre miel et de nos insectes pollinisateurs! Des réglementations adéquates devraient être adoptées au Québec et au Canada comme ce fut le cas en Europe en 2013, c’est une question de gouvernance environnementale!

    - Nathalie Gravel, Ph.D. Professeure au Département de géographie, Université Laval.

    *Équiterre, la Fondation David Suzuki, l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, les Ami(e)s de la Terre Canada, The Sierra Club Canada Foundation et le Wilderness Committee. Source: http://vraichangementmtl.org/motion-visant-bannir-lutilisation-du-pesticide-neonicotinoide-lile-montreal-vrai-changement-montreal-rejoint-lutte-internationale/
  8. Publié le 4 septembre 2015 | Par Hubert Martel

    Le fait est que le déclin des pollinisateurs, et la perte de biodiversité en général, s'inscrit comme la conséquence d'un problème plus profond, soit le développement du modèle agroalimentaire mettant en avant plan la monoculture de maïs. L'avènement des herbicides non sélectifs et du génie génétique a permis l'implantation à grande échelle d'un système de rotation simplifié basé sur l'emploi en alternance du soya et du maïs.

    D'un point de vu purement agronomique, ce système comporte de nombreuses lacunes dont je ne nommerai qu'un épuisement progressif des sols associé à une perte de rendements, dépendance et utilisation importante des intrants chimiques (pesticides et fertilisants), apparition de résistances au glyphosate et emploi des produits agricoles à des fins autres que l'alimentation.

    La culture du maïs étant poussée principalement par les lobbys agroalimentaires (http://www.cnbc.com/2014/07/28/) en plus d'être subventionnée par les États occidentaux (http://www.lapresse.ca/international/dossiers/presidentielle-americaine/200810/18/01-30650-alimentation-le-mais-de-la-discorde.php) est une aberration en soi. Je ne comprend d'ailleurs pas vraiment l'ironie concernant la culture des biocarburants et le déclin des pollinisateurs. Les biocarburants de première génération (produits massivement aux États-Unis à partir du maïs et ayant un bilan énergétique inférieur à 2!) entrent en contradiction avec tous les aspects du développement durable (http://www.inra.fr/Grand-public/Chimie-verte/Toutes-les-actualites/Biocarburants-premiere-generation).

    Pour en revenir au déclin des pollinisateurs, c'est la biodiversité floristique des écosystèmes agricoles qui agit principalement sur leur survie. La culture à grande échelle des plantes transgéniques au profit des superficies en prairie et des cultures alternatives est pointée du doigt par les chercheurs. Principalement parce que les cultures de maïs et de soya ne sont pas visitées par les insectes pollinisateurs et que l'intensification des pratiques agricoles nuit à la sauvegarde des habitats propices aux développement d'une multitude d'organismes vivants (superficies en prairie diminuées, cours d'eau affectés et bandes riveraines, fossés, îlots boisés de plus en plus isolés)

    La monoculture est un problème aux conséquences multiples qui devrait être pointé du doigt, puisqu'il est la source d'une multitude de problèmes associés, qui vont de la perte d'habitat à la progression de l'obésité dans le monde. Une agriculture qui est faite de manière intelligente contribue à l'avancement de la société, lui prodiguant de nombreux services écologiques, sociaux et économiques. Et, appréhendé sous cet angle, le déclin des pollinisateurs en Amérique du Nord mérite d'être mis à l'avant-plan, puisqu'il découle d'une problématique encore plus profonde, et qui devrait nous inciter collectivement à passer à l'action... «draconienne».

    Hubert Martel, étudiant en agronomie à l'Université Laval
  9. Publié le 1 septembre 2015 | Par André Desrochers

    @Pierre
    Non, vous n'avez pas compris, du moins si j'en juge par votre analogie. Pour poursuivre avec celle-ci, je dirais que le problème que je souligne serait de crier «Un monde sans humains!» (voir la couverture de la revue Time dans mon billet) si on observait une décroissance marquée des humains en Amérique du Nord, mais une hausse globale. Pour le reste, j'espère que cela vous a fait du bien.

    Merci d'alimenter mon blogue. :)
  10. Publié le 1 septembre 2015 | Par Pierre Racine

    Donc, si je comprends bien votre raisonnement, si des scientifiques s'inquiétaient de la disparition drastique de la population humaine en Amérique du Nord pour cause de maladie, il ne faudrait pas crier à la catastrophe, puisque cette population croît abondamment dans le reste du monde. Ça ne nous donne qu'un argument de plus pour nous méfier des pseudo-scientifiques, des journalistes, des humanistes, etc. Un p'tit coup d'ébola élimine la grande partie de la population d'un continent: pas de problème! Les médias font dans le sensationnalisme, et les écologistes servent leurs intérêts! Y'a que quelques scientifiques lucides qui savent discerner la «vérité».