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Photo de Martin Dubois

Frank Lloyd Wright, le plus américain des architectes

Les États-Unis ont récemment demandé l’inscription officielle de 10 œuvres architecturales de Frank Lloyd Wright, érigées au 20e siècle, sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Beau prétexte pour vous dire combien j’admire ce maître de l’architecture moderne qui est très ancré dans la culture américaine. L’un de mes précédents billets présentait Ludwig Mies van der Rohe, architecte d’origine allemande qui a terminé sa carrière aux États-Unis. Cette fois-ci, je vous dresse un bref portrait de Frank Lloyd Wright dont vous connaissez probablement quelques œuvres légendaires. La maison sur la cascade (Fallingwater) est assurément la plus connue et la plus photographiée au monde.

La maison sur la cascade (Fallingwater), Bear Run, Pennsylvanie, 1935-1939. Probablement l’une des résidences les plus connues au monde, elle représente bien l’adaptation au site qui caractérise l’architecture de Wright. Photo Wikipédia

La maison sur la cascade (Fallingwater), Bear Run, Pennsylvanie, 1935-1939. Probablement l’une des résidences les plus connues au monde, elle représente bien l’adaptation au site qui caractérise l’architecture de Wright. Photo Wikipédia

Construite entre 1935 et 1939 dans un coin reculé de la Pennsylvanie, cette maison est représentative de l’œuvre de cet architecte en ce qui concerne la relation avec le paysage. Wright assoit ici son architecture dans un site naturel, en surplomb d’une cascade. Les volumes verticaux revêtus de pierre locale dans lesquels viennent s’ancrer en porte-à-faux des éléments horizontaux en béton rappellent les rochers qui émergent de la rivière. L’ouverture sur la nature permettant sa contemplation ainsi que  l’implantation «organique» des bâtiments sont les dénominateurs communs de l’architecture de Frank Lloyd Wright.

L’américanité de Wright
Frank Lloyd Wright est véritablement un architecte américain à plusieurs égards. Né en 1867 dans le Wisconsin, il est l’auteur de plus de 400 bâtiments presque exclusivement situés aux États-Unis, à part quelques rares projets au Japon et au Canada. Il a conçu des musées, des hôtels, des immeubles de bureaux, des églises, des stations-services, des tours d’habitation et des ateliers d’artistes, mais il est surtout renommé pour ses nombreuses maisons, toutes différentes les unes des autres. Puisqu’il a surtout travaillé dans les paysages très plats des États du Midwest américain (Illinois, Wisconsin, Michigan, Iowa), il a développé des maisons de style Prairie qui, par leur profil bas et leur composition horizontale, s’adaptent bien au paysage des vastes étendues des plaines américaines. Mort en 1959, Wright a été reconnu en 1991 par l’American Institute of Architects comme le plus grand architecte américain de l’histoire.

Dans les 1res années de sa carrière, qui débute en 1887, Frank Lloyd Wright travaille comme dessinateur pour des architectes bien établis de Chicago. Il dessine surtout des maisons pour de riches clients dans des styles victoriens ou néo-Tudor qui ne l’inspirent guère. Il s’intéresse davantage à des formes plus modernes au contact des architectes Adler & Sullivan qui sont des acteurs importants de l’école de Chicago, un mouvement qui prône l’emploi de matériaux nouveaux comme l’acier pour créer une nouvelle architecture.

C’est à cette époque qu’il s’établit à Oak Park, une banlieue de Chicago, où il concevra, en plus de sa maison-studio, plusieurs résidences individuelles grâce auxquelles il expérimente de nouveaux matériaux et de nouvelles formes qui donneront naissance au style Prairie. Ces maisons à aires ouvertes et aux circulations fluides s’articulent autour d’un pivot central constitué d’une cheminée massive maçonnée autour de laquelle s’organise la vie familiale. De l’extérieur, les maisons de style Prairie sont basses et marquées par une forte horizontalité qui, à part la cheminée qui est le seul élément vertical, est accentuée par les larges toitures qui se prolongent au-delà des murs, les bandeaux de fenêtres souvent agrémentées de vitraux et l’utilisation de la brique romaine, longue et plate. Le lien entre l’intérieur et l’environnement, si cher à Wright, se matérialise par des jeux de terrasses et de jardins extérieurs ainsi que par un éclairage naturel abondant qui pénètre dans toutes les pièces. Très tôt influencé par l’architecture traditionnelle japonaise, Wright va aussi intégrer certaines de ses notions à ses projets, notamment dans la conception de mobilier intégré et dans la façon d’organiser les espaces.

Robie House, Chicago, Illinois, 1906-1909. Cette maison est représentative du style Prairie avec ses grands toits débordants, ses terrasses extérieures et sa brique qui accentuent son horizontalité. Photo Martin Dubois

Robie House, Chicago, Illinois, 1906-1909. Cette maison est représentative du style Prairie avec ses grands toits débordants, ses terrasses extérieures et sa brique qui accentuent son horizontalité. Photo Martin Dubois

Une architecture en évolution
Au fil de sa longue carrière, Wright expérimente plusieurs styles ou concepts qui font évoluer sa pratique. Par exemple, dans les années 1920, il développe un concept de construction à base de blocs de béton ornés de motifs qui évoque l’ornementation des temples mayas. L’architecte construit aussi plusieurs maisons s’inspirant de formes géométriques, dont le cercle et l’hexagone, où il varie l’utilisation des matériaux locaux, les méthodes de construction, les couleurs et les textures. Toutefois, il affirme toujours son souci de concevoir des bâtiments en fonction du site où ils sont construits. Il s’amuse avec les éléments naturels du paysage: les reliefs, la végétation, les plans d’eau qui, loin d’être des contraintes, contribuent au design de chaque projet. La maison sur la cascade en est un bon exemple. C’est pourquoi on qualifie les œuvres de Wright d’architecture organique, où l’humain et la nature sont étroitement liés.

Dans les années 1930, en pleine crise économique, Wright conçoit une série de maisons dites «usoniennes» (Usonian Homes). Ces petites maisons économiques destinées à la classe moyenne se caractérisent par un plan en L, une dalle de béton sans fondation intégrant un système de chauffage radiant (une innovation de Wright), des toits plats et un abri pour les voitures. Les petites pièces (chambres, cuisine) connectées au centre par un salon ouvert autour du foyer correspondent aux valeurs familiales américaines de l’époque et sont en harmonie avec leur environnement.

Après la Seconde Guerre mondiale, Frank Lloyd Wright réalise plusieurs grands projets de prestige, comme le siège social de la compagnie SC Johnson & Son à Racine au Wisconsin (1936-1939 et 1944-1950) ainsi que le musée Guggenheim de New York inauguré en 1959, année de son décès à l’âge de 92 ans. La conception unique de ce musée s’articule autour d’un immense puits de lumière sur toute la hauteur de l’immeuble et d’une rampe en colimaçon. Le visiteur accède au dernier étage en ascenseur et emprunte ensuite la rampe en pente douce continue pour visiter les expositions jusqu’au rez-de-chaussée. 

guggenheim

Le musée Guggenheim, New York, 1955-1959. Photo Martin Dubois

L’héritage de Frank Lloyd Wright
Wright a une très grande influence sur l’architecture nord-américaine. Il a notamment enseigné à de nombreux jeunes architectes, apprentis et étudiants qui sont en quelque sorte devenus ses disciples. Parmi ceux qui ont séjourné à Taliesin West, l’école d’architecture qu’il a fondée sur un domaine en Arizona, notons l’architecte québécois Roger D’Astous (1926-1998) qui a conçu de nombreux projets dans la région montréalaise dans l’esprit de Wright.

L’architecture des maisons de style Prairie du début du 20e siècle a aussi essaimé partout en Amérique, surtout après la Seconde Guerre mondiale avec le développement des banlieues. Les bungalows d’un seul étage, avec abri d’auto, revêtus de brique et de pierre sont directement influencés de cette architecture très nord-américaine.

Malgré une vie personnelle marquée par des déboires financiers et des relations amoureuses tumultueuses –l’une de ses nombreuses femmes a été assassinée à coups de hache, avec 6 autres personnes, par un de ses employés de maison–, Frank Lloyd Wright a laissé un héritage architectural imposant. Il est possible d’admirer plusieurs de ces œuvres les plus marquantes, notamment à Chicago et dans le quartier d’Oak Park, dans le cadre de visites guidées. La requête du ministère américain du patrimoine pour faire reconnaître par l’UNESCO l’importance architecturale de plusieurs œuvres de Wright ne pourra que donner encore plus de notoriété à cet architecte moderne. Sur plus de 1000 lieux ou bâtiments inscrits sur la liste du patrimoine mondial, 22 à peine se trouvent sur le territoire américain. De plus, l’architecture moderne y est sous-représentée avec seulement quelques chefs-d’œuvre recensés, dont le célèbre opéra de Sydney (Jorn Utzon), la cité du modernisme à Berlin (Hoffman et Wagner) et la ville de Brasilia (Oscar Niemeyer).

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Découvrez un autre de mes architectes coup de coeur, Ludwig Mies van der Rohe.

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