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Photo de Margarida Romero

Peut-on apprendre par le jeu?

Notre société dissocie souvent le jeu de l’apprentissage. Ainsi, jouer est perçu comme une activité peu productive, voire inutile, qui se mérite comme une récompense après un travail ayant demandé un effort important. L’engagement et le plaisir de jouer s’opposeraient à l’effort nécessaire pour apprendre. Cette vision dichotomique du jeu-plaisir et de l’apprentissage-effort ne tient pas compte de l’effort plaisant qu’il peut y avoir aussi bien dans le jeu que dans d’autres activités d’apprentissage. Et pourtant…

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Dans une perspective de psychologie positive et d’humanisme, jouer est considéré comme l’une des meilleures stratégies d’apprentissage. Le jeu permet d’explorer et de comprendre un contexte de manière ludique sans prendre de risques réels. Nous pouvons jouer au Monopoly sans risquer nos finances personnelles ou jouer à Angry Birds sans faire de mal aux animaux. Le jeu nous permet de concentrer notre attention et notre activité sur un contexte déterminé régi par des règles particulières, très souvent explicites et limitées. Le jeu numérique, par exemple, est une réalité à petite échelle, très proche du concept de micromonde: un monde réduit —tantôt fantastique et complexe comme Assassin’s Creed, tantôt abstrait et simple comme Tetris ou Candy Crush— qui limite nos interactions dans des mécaniques conçues d’avance. Les jeux sont une activité ludique de simulation, de développement stratégique et d’habiletés à laquelle nous pouvons nous adonner sachant que son périmètre est limité et que nous pouvons la quitter à tout moment.

Jouer même en vieillissant
Jouer est une activité humaine universelle; les historiens ont même observé des traces de jeux dans les anciennes civilisations d’Égypte et de Mésopotamie ainsi que dans les cultures indo-américaines. Le jeu est une activité universelle, mais aussi un besoin qui apparaît chez l’enfant dès son plus jeune âge. L’enfant utilise le jeu comme moyen de découverte et d’apprentissage du monde qui l’entoure. Les jeunes enfants explorent le monde sur un mode enjoué. 

Mais quand un adulte est un «joueur», des inquiétudes surgissent. Est-il dans une relation de dépendance au jeu? Est-il en train de perdre son temps productif ou de délaisser ses obligations?  Jouer à l’âge adulte serait ainsi une activité inutile, non productive, qui s’oppose à l’effort nécessaire pour travailler ou pour apprendre. Le jeu est associé à l’enfance, mais est une activité suspecte chez l’adulte, notamment s’il s’agit des jeux numériques immersifs. Pour les enfants, jouer est reconnu comme une activité importante; nous invitons les petits à jouer et leur offrons même des jouets. Mais ensuite? Quand ils approchent de l’âge de raison, l’éducation sépare le travail-effort de l’apprentissage et le jeu comme activité récompense. Quelques jeux éducatifs sont utilisés par-ci, par-là, mais il est rare d’observer des classes prônant une pédagogie centrée sur le jeu et qui encouragent le jeu libre (le paida de Caillois) et le jeu avec règles (ludus)1.

Jouer en classe
Dans le cadre du cours Jeux et apprentissages, qui figure dans les différents programmes en technologie éducative de la Faculté des sciences de l’éducation, nous travaillons différentes approches d’apprentissage par le jeu:

1. L’usage de jeux sérieux, comme Le café des MATHadores de TFO, qui ont été conçus avec des intentions à la fois pédagogiques et ludiques;

2. Le détournement pédagogique de jeux de divertissement, comme l’usage du jeu Angry Birds pour travailler les trajectoires paraboliques en mathématiques;

3. La création de jeux numériques, qui est une des meilleures stratégies pour engager les élèves dans un processus créatif de résolution de problèmes. Des plateformes comme Scratch, en programmation visuelle, ou Unity3D, pour des participants avec des compétences de développement plus avancées, peuvent soutenir la démarche et le processus d’apprentissage par la création de jeux sérieux.

Ces différentes démarches sont explorées dans le livre Jeux numériques et apprentissages, coécrit avec Leslie Dumont, technopédagogue au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Sylvie Daniel et Sylvie Barma, toutes deux professeures à l’Université Laval et conceptrices du jeu sérieux Parallèle, Valérie Henaire, du studio Frima et Mariona Ferrer, de Québec International.

La recherche sur l’apprentissage basé sur le jeu souligne différents intérêts de cette pratique pour l’élève, notamment du point de vue de l’engagement, de la motivation et de l’expérience d’apprentissage. Sur le plan des résultats scolaires, les effets des approches basées sur les jeux ne sont pas si clairs, et certains effets observés restent assez faibles, en particulier en ce qui a trait à l’amélioration des performances en tout contexte. Cette forme d’apprentissage est avant tout une manière d’engager les élèves de manière ludique et de leur permettre d’apprendre par l’intermédiaire d’une expérience d’apprentissage positive. Ainsi, même si les performances scolaires ne sont pas toujours meilleures que celles obtenues avec des méthodes classiques qui ne visent pas l’engagement ludique, le jeu fait de l’école et de l’apprentissage une activité qui peut être plaisante et ludique, et ce, tout au long de la vie. En bref, on ne gagne pas plus à jouer si l’on tient compte uniquement des résultats, mais on gagne en rapports positifs au savoir et à l’expérience d’apprentissage. Rien que cela en vaut déjà la chandelle. Jouons!

1 Voir cet article pour en savoir plus sur les concepts de paida et de ludus.

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  1. Publié le 11 février 2017 | Par Nathalie Will

    Voici un article qui peut servir pour nos réflexions futures...

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