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Photo de Simone Lemieux

Que retenir du nouveau guide alimentaire canadien?

Depuis le 22 janvier 2019, date de naissance du petit dernier de la famille des guides alimentaires canadiens, plusieurs personnes m’ont demandé ce que j’en pensais.

Ça m’a donné la chance de me faire une tête sur la question. J’ai par ailleurs eu l’occasion de participer à une table ronde en mars dernier sur le sujet avec mes collègues Bernard Lavallée, Stéphanie Chevalier et Caroline Durant qui avaient des points de vue fort intéressants sur la nouvelle mouture du guide alimentaire canadien. Tout ça mis ensemble m’a décidée à vous faire connaître certaines de mes réflexions sur le sujet.

Les nouveautés à souligner
Plusieurs innovations caractérisent la version 2019 du guide alimentaire canadien. Tout d’abord, je trouve qu’on a fait un bon coup en faisant disparaître les dessins d’aliments sur fond d’arc-en-ciel (version 2007) pour utiliser plutôt des photos de vrais aliments dans une assiette. On se sent ainsi pas mal plus proche de la réalité entourant l’alimentation.

Par ailleurs, un des plus importants changements apportés au guide est probablement le fait qu’on a montré la sortie à la notion de portions quotidiennes à consommer dans chaque groupe alimentaire. On entre maintenant dans l’ère des proportions: la moitié du repas sous forme de fruits et/ou de légumes, un quart provenant des grains entiers et un autre quart pour les aliments protéinés.

Après avoir entendu plusieurs nutritionnistes s’exprimer sur le sujet et pris connaissance de nombreux commentaires émis par les consommateurs, il me semble que ce changement a été très bien accueilli. Il faut dire que, de toute manière, les Canadiens connaissaient très peu les recommandations en lien avec le nombre de portions associées à chaque groupe d’aliments. Une étude réalisée en 2015 par des chercheurs de l’Université de Waterloo révélait que seulement 0,8% de la population était familier avec les recommandations pour les 4 groupes alimentaires1!

Un autre changement marquant concerne la recommandation touchant les grains entiers. En 2007, on suggérait de manger au moins la moitié de nos produits céréaliers sous forme de grains entiers. Ça semblait déjà être tout un contrat! À preuve, une de nos études récentes a montré que seulement 13% de la population y arrivaient2.

Dans la nouvelle version du guide, on ne parle plus de pourcentage ou de proportion à atteindre. On indique tout simplement aux Canadiens de choisir des aliments à grains entiers, comme si les produits contenant des grains raffinés n’existaient plus. Exit le riz blanc, le pain baguette et les pâtes blanches! Ça ne prend pas une boule de cristal pour prédire que cette recommandation sera sûrement difficile à suivre à la lettre!

Ensuite, impossible de passer sous silence le fait que le lait et ses substituts ne soient plus regroupés sous un groupe alimentaire bien à eux. Ils doivent maintenant se contenter d’une place au sein de la grande famille des aliments protéinés. On l’oublie, mais, en 2007, le lait avait déjà perdu un peu de ses lettres de noblesse. Pour la première fois, on considérait que certains substituts au lait, comme les boissons de soya, en étaient des équivalents. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on avait alors changé le nom du groupe «lait et produits laitiers» cité dans le guide de 1992 pour celui de «lait et substituts». Ce changement avait fait réagir les producteurs laitiers du Canada, comme en témoigne cet article publié dans Le Devoir à l’époque. Ces choses étant dites, le lait n’est pas devenu pour autant un paria aux yeux de Santé Canada. À preuve, si vous allez lire cette page traitant de l’eau comme boisson de choix, vous verrez qu’on mentionne que le lait fait partie des autres options de boissons santé.

Finalement, on en a moins parlé, mais les viandes et substituts ont également perdu le privilège d’avoir un groupe à leur nom. Eux aussi se fondent maintenant dans la masse des aliments protéinés.

Des innovations vraiment innovantes?
On a abondamment parlé du fait qu’on recommande maintenant aux Canadiens de manger plus souvent des aliments protéinés d’origine végétale. Cela a d’ailleurs donné lieu à une caricature extrêmement amusante d’André-Philippe Côté. Par contre, cette nouvelle formule ne m’apparaît pas nécessairement comme une très grande innovation par rapport à la version 2007 du guide, où l’on encourageait les Canadiens à manger souvent des substituts de la viande comme des légumineuses et du tofu.

D’autre part, le guide de 2019 souligne qu’une alimentation saine, c’est bien plus que les aliments que nous consommons. Si vous allez sur le site du guide alimentaire, vous verrez, entre autres, qu’on met l’accent sur l’importance de savourer les aliments, de manger en bonne compagnie et de consulter les étiquettes nutritionnelles. Vous serez peut-être surpris d’apprendre que ces recommandations faisaient aussi partie de la version 2007 du guide. Elles étaient cependant très peu en évidence, perdues à travers plein d’autres énoncés au verso du document. En revanche, d’autres énoncés sont effectivement nouveaux dans le guide de 2019, comme l’importance de cuisiner plus souvent, d’être conscient de ses signaux de faim et de rassasiement et d’être vigilant face au marketing alimentaire.

Je termine en vous disant que, selon moi, un des meilleurs coups des gens de Santé Canada est d’avoir dit haut et fort qu’ils se dissociaient totalement de l’industrie alimentaire pour la mise à jour du guide. Je dois avouer qu’il m’est difficile de mesurer quelle était l’implication réelle de l’industrie dans les versions précédentes. Quoi qu’il en soit, cette dimension occultait tout le reste et cela faisait en sorte, à mon avis, qu’on jugeait trop sévèrement les différents éléments qui composaient le guide alimentaire.

J’arrête ici avant de vous étourdir… Je me rends compte que plus on y pense, plus il y a à dire sur ce nouveau guide! Je suis maintenant curieuse de voir quelles stratégies seront mises en œuvre par Santé Canada pour faciliter l’adhésion aux différentes recommandations qu’on retrouve dans son petit dernier de la famille des guides alimentaires canadiens!

1 Vanderlee L., McCrory C., Hammond D. «Awareness and knowledge of recommendations from Canada’s Food Guide», Canadian Journal of Dietetic Practice andt Research, 2015; 76:146-9.

2 Brassard D., Laramée C., Corneau L., et al. «Poor adherence to dietary guidelines among french-speaking adults in the province of Quebec, Canada: The PREDISE study», Canadian Journal of Cardiology, 2018; 34: 1665-73.

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  1. Publié le 18 avril 2019 | Par Claude Levesque

    Excellentes explications, Simone, qui m'aident à voir plus clair.
    Merci.
    Claude Levesque

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