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À la recherche de la mémoire

Dans les dédales de nos mémoires

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Où se cachent les souvenirs? Pourquoi se rappelle-t-on certains détails, mais pas d’autres? La mémoire a ses raisons que la science comprend de mieux en mieux.

Alors que vos yeux lisent les premiers mots de cet article «mémorable», votre cerveau se met en marche. Vos quelque 100 milliards de neurones sont en alerte, prêts à conduire l’information sous forme de signal électrique dans les dédales de votre matière grise. Le cortex préfrontal, sous votre front, s’active. C’est là que votre mémoire à court terme, dite mémoire de travail, est localisée: elle assimile les lettres et les syllabes captées par vos yeux pour construire des mots et des phrases qui ont du sens, et ce, au fur et à mesure de la lecture.

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Sébastien Tremblay

Si on vous demandait maintenant de répéter de mémoire, mot pour mot, la première phrase de ce texte, en seriez-vous capable? Il y a fort à parier que non. Et c’est bien ainsi! La mémoire à court terme, son nom le dit, enregistre temporairement des données qui se dissiperont si vous ne faites pas un effort volontaire pour vous en souvenir, en l’apprenant par cœur par exemple. Sa capacité de rétention est en effet limitée à, semble-t-il, plus ou moins sept items qui ne restent en tête que quelques secondes. «C’est la mémoire du présent, la mémoire active, explique Sébastien Tremblay1, professeur à l’École de psychologie et directeur du laboratoire Co-DOT sur la cognition humaine. Elle permet de lire, de faire un calcul mental rapide ou de répéter une adresse qu’on vient de se faire dicter.»

Pour accomplir sa tâche, la mémoire de travail dépend grandement du contenu enregistré dans une autre partie du cerveau. En effet, pour que les mots que vous lisez aient un sens, vous devez en avoir appris la signification préalablement… et l’avoir retenue! Cette connaissance est archivée dans la mémoire à long terme. Un peu comme un ordinateur qui va chercher des données sur un serveur, votre mémoire à court terme communique avec votre mémoire à long terme pour récupérer les apprentissages et ainsi donner du sens au contenu du texte.

L’hippocampe entre en jeu
Et si au lieu de simplement lire cet article, vous décidiez de retenir la précieuse information qui s’y trouve afin de pouvoir en discuter le lendemain avec vos collègues de travail? Vous prendriez alors le temps de relire certains passages afin de les graver dans votre cerveau. L’information encodée temporairement dans la mémoire à court terme serait alors dirigée, par l’entremise de vos réseaux neuronaux, vers l’hippocampe, au cœur du cerveau.

::Paul De Koninck

Paul De Koninck

«C’est à cet endroit que la majorité des souvenirs des événements vécus se forment et que les connaissances générales acquises se consolident, avant d’être entreposés ailleurs dans le cortex cérébral», précise Paul De Koninck2, professeur au Département de biochimie, de microbiologie et de bio-informatique et chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

Grâce à la mémoire à long terme, on peut se rappeler la date de naissance de son meilleur ami, le nom de la capitale de la France ou la fin du film visionné il y a deux jours. Ce disque dur humain enregistre également les habiletés motrices comme faire du vélo ou attacher ses lacets. «Sa grande capacité permet d’y conserver les souvenirs pendant des jours, des mois, des années, voire toute une vie!», ajoute Nancie Rouleau, professeure en neuropsychologie à l’École de psychologie et chercheuse à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

Multiples mémoires
Vous l’aurez compris, les êtres humains n’ont pas une mémoire, mais plusieurs mémoires qui font intervenir différentes parties du cerveau.

Les chercheurs se sont rendus à cette évidence en étudiant notamment des personnes souffrant de problèmes mnésiques, comme le célèbre patient H.M., pour Henry Molaison. Cet Américain a subi, en 1953, une chirurgie au cerveau destinée à le soigner de ses crises d’épilepsie sévères. On a alors enlevé une grosse partie de son hippocampe, région qui avait été identifiée comme le foyer de son épilepsie. Après sa chirurgie, H.M. était incapable de se forger de nouveaux souvenirs. Étonnamment, son cerveau continuait pourtant d’enregistrer les apprentissages moteurs. La neurologue montréalaise Brenda Milner, qui suivra ses progrès jusqu’en 2008, ira jusqu’à lui apprendre à copier un dessin à partir d’un miroir même si, d’une fois à l’autre, H.M. oubliait qu’il maîtrisait cette tâche difficile!

C’est grâce à de telles observations que chercheurs et médecins ont compris que la mémoire est multiple et compartimentée. Tous conviennent aujourd’hui que nos connaissances de vocabulaire ou de langage –la mémoire sémantique– vont surtout se loger dans le lobe temporal, alors que nos expériences personnelles de vie –la mémoire épisodique– font intervenir plus précisément l’hippocampe. Nos habiletés et nos comportements moteurs, quant à eux, sont classés dans le cervelet et le lobe frontal.

«Il reste encore beaucoup d’inconnu, mais on sait que chaque fois qu’un souvenir surgit, un groupe de neurones s’active, précise Paul De Koninck. On le voit clairement aujourd’hui à l’aide de l’imagerie médicale.»

1 Sébastien Tremblay est également directeur scientifique de l’Unité mixte de recherche en sciences urbaines (UMRsu).

2 Paul De Koninck est aussi conseiller scientifique au Centre de neurophotonique.

Publié le 16 novembre 2016

  1. Publié le 23 novembre 2016 | Par Amaulyne

    Très intéressant!

    Je parlerai, par expérience, de la mémoire des Seniors: ils n'oublient rien, mais il faut plus de temps pour que le souvenir revienne à la surface. L'ordinateur est surchargé et doit trier avant de retrouver l'information!
  2. Publié le 20 novembre 2016 | Par Guylaine

    Très intéressant.

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