Le magazine Contact

La zone d'échanges entre l'Université Laval,
ses diplômés, ses donateurs et vous

Le magazine Contact

Automne 2019

5 mythes sur les maux de dos

Qui n’a jamais souffert d’un mal de dos? Pourtant, malgré sa grande prévalence, ce trouble est mal compris des Québécois et fait encore l’objet de fausses croyances.

La lombalgie – ou mal de dos – est un trouble, ponctuel ou chronique, qui affecte sans discrimination hommes et femmes, actifs et sédentaires, plus ou moins bien nantis partout sur la planète. Dans presque tous les pays, elle occupe l’une des premières positions des maux répertoriés dans le rapport sur la charge mondiale de morbidité, de l’Organisation mondiale de la santé. Professeur au Département de réadaptation et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, Clermont Dionne étudie cette affection qui impose l’un des plus lourds fardeaux socioéconomiques liés à la santé. Selon lui, étant donné que le problème s’accroîtra avec le vieillissement de la population, il est impératif de combattre certaines idées reçues.

1- Le mal a une origine physiologique.
Douleur au dos et dommages physiques ne vont pas nécessairement de pair. «La douleur, explique Clermont Dionne, est un phénomène complexe dans lequel le cerveau et le système neurologique jouent un rôle capital. On peut la comparer à un système d’alarme qui lance un signal quand il y a un dérèglement physique. Toutefois, comme tout appareil de détection, ce système présente parfois des défaillances.» En effet, il arrive qu’un problème physiologique – comme une entorse lombaire – se résorbe, mais que la douleur demeure. On parle alors de douleur chronique.

Dans la majorité des cas, il est inutile de chercher la cause physiologique du mal. Il s’agit ou bien d’une douleur chronique ou bien d’un malaise passager. «Il faut savoir, indique le professeur, que les structures du dos sont très fortes. Habituellement, les douleurs s’estompent en moins de huit semaines.» Encore trop souvent prescrits, les examens radiologiques sont donc superflus. «En outre, ils ne permettent pas de voir les structures molles, et c’est souvent là que sont les blessures», déclare-t-il.

2- Les scolioses ou les gestes répétitifs sont les principales causes de la douleur.
Envisager la lombalgie comme un trouble biophysique est une approche complètement dépassée. «Les facteurs de risque, souligne le professeur Dionne, sont tout autant psychologiques et sociaux que physiques.» Ainsi, des facteurs comme la déviation de la colonne vertébrale, le transport de charges et les mouvements répétitifs ne sont pas prépondérants.

«Le mal de dos, révèle-t-il, est une problématique très complexe. Par exemple, selon les modèles mathématiques, la détresse psychologique est intimement liée à ce trouble.» En fait, une dizaine de facteurs, dont le tabagisme, l’obésité et la dépression, sont impliqués et aucun n’est dominant. «Les interactions entre tous ces facteurs doivent être prises en compte pour une meilleure compréhension de cette maladie», ajoute-t-il.

3-La prise de certains médicaments est efficace.
Malheureusement, il n’existe pas de remède miracle. Selon Clermont Dionne, il est possible, pendant quelques jours, de prendre des anti-inflammatoires non stéroïdiens (comme de l’ibuprofène) pour soulager la douleur, mais ce traitement pharmacologique doit être temporaire. «La prise de médicaments, dit-il, est inutile. L’acétaminophène n’est pas recommandé et les opioïdes sont trop prescrits dans les cas de lombalgie. Pour ce qui est du cannabis médical, on sait encore trop peu de choses à son sujet.»

Fait aberrant, le mal de dos est probablement l’une des causes de la crise des opioïdes au Canada, alors que ces derniers constituent un traitement inefficace. Le chercheur rappelle que se procurer de telles substances auprès de personnes à qui elles sont prescrites est dangereux.

4- Il est recommandé de rester au lit.
L’immobilité n’est pas la solution. «On peut rester au lit un jour ou deux, admet le professeur Dionne, mais il faut reprendre rapidement ses activités, sinon le corps va souffrir d’un déconditionnement et le retour à la santé sera plus long. Le message est simple: il faut rester actif, malgré la douleur.»

Toutefois, l’activité peut être faible. Des professionnels de la santé sont en mesure de guider les patients sur les exercices à pratiquer. Le yoga ou le taï-chi sont souvent proposés. «Ce qu’il faut retenir, indique le chercheur, c’est que toutes les solutions passives sont à proscrire: médicaments, traction de la colonne, alitement… Même la chirurgie n’est recommandée que pour des cas exceptionnels. Il faut vraiment privilégier les modalités actives.»

5- On peut prévenir efficacement les maux de dos.
Il n’existe aucune donnée probante sur un quelconque moyen de prévenir la lombalgie. «Les gens pensent souvent à tort que leur mal de dos a été causé par un mouvement qu’ils ont fait au travail ou ailleurs et ils éviteront de refaire le même geste. Pourtant, il n’existe aucune preuve que bannir un mouvement écartera définitivement la douleur», déclare le professeur.

La lombalgie étant désormais étudiée selon un modèle biopsychosocial, les seules actions proposées pour la prévenir sont les recommandations générales pour maintenir une bonne santé: bonne alimentation, exercice physique régulier, saines habitudes de vie, abandon du tabagisme… Bref, le bien-être général favorise la santé du dos.

 

Haut de page
  1. Publié le 23 octobre 2019 | Par Patrice Montminy

    Bravo
    Excellent résumé des connaissances actuelles sur la lombalgie.
    Patrice Montminy MD FRCSC
  2. Publié le 20 octobre 2019 | Par Michel Côté

    "L’acétaminophène n’est pas recommandé..." Il semble que ce soit faux. Voir cet article du docteur Vadeboncoeur dans L'Actualité.

    https://lactualite.com/sante-et-science/dangereux-lacetaminophene-il-y-a-pire-mais-respectez-les-doses/
  3. Publié le 20 octobre 2019 | Par Odette Dionne

    Personnellement, après avoir suivi des ateliers d’eutonie il y a de cela une vingtaine d’années, j’ai lentement ajusté ma posture: debout, assise, en marchant, en me levant. Et mes malaises, en général, se sont estompés.
    L’eutonie a été, pour moi, une base dans toutes mes activités. Je la conseillerais à tous.
    Odette.
  4. Publié le 19 octobre 2019 | Par Michelle Roy

    Le repos est de mise... je sais de quoi je parle. L'âge et l'usure ne sont très pas faciles à vivre... mais il ne faut pas rester assis. Il faut bouger sans exagérer.
  5. Publié le 19 octobre 2019 | Par Louise Louis-Seize

    J'ai une discarthrose sévère L5-S1 et un peu d'arthrose facettaire L5-S1.
  6. Publié le 9 octobre 2019 | Par Huguette Moreau

    C'est très important d'en parler. J'ai vécu des épisodes de maux de dos graves et moins graves... J'ajouterais ceci à titre préventif. Oui, il faut rester actif, mais il est important d'éviter de lever ou de transporter des objets, ne serait-ce qu'un seul sac d'épicerie, et cela pour deux semaines dans la plupart des cas.
  7. Publié le 26 septembre 2019 | Par Benoît Benoît

    C'est très bien. Il faudrait poursuivre en mentionnant les traitements par la chiropractie. Je suis suivi de façon régulière et j'ai pu reprendre la plupart de mes activités.
  8. Publié le 25 septembre 2019 | Par Régine Dumont

    Très bon article. En passant, je peux facilement vous lire maintenant, chose que je ne pouvais faire avant -hier car les caractères étaient trop petits. Merci.
  9. Publié le 22 septembre 2019 | Par Jacques Renaud

    Très intéressant!

    Je n'ai jamais eu de maux de dos, mais il vaut mieux être informé.

Note : Les commentaires doivent être apportés dans le respect d'autrui et rester en lien avec le sujet traité. Les administrateurs du site de Contact agissent comme modérateurs et la publication des commentaires reste à leur discrétion.

commentez ce billet

M’aviser par courriel des autres commentaires sur ce billet