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Hiver 2019

Geneviève Guilbault: la naissance d’une étoile

Au firmament de la politique, cette spécialiste des relations publiques devenue trois fois ministre promeut l’intégrité et la mise en valeur de l’identité québécoise.

«En m’élisant, vous choisirez une députée qui vous ressemble et qui rassemble. Je suis une personne intègre et je suis, je crois, la mieux placée pour défendre nos valeurs et notre identité.» Au moment où elle prononçait ces paroles dans sa vidéo de présentation à titre d’aspirante députée de la circonscription de Louis-Hébert pour la Coalition avenir Québec (CAQ) en octobre 2017, Geneviève Guilbault ne se doutait pas que les événements se précipiteraient si vite.

En effet, lors de l’élection provinciale d’octobre dernier, soit moins d’un an après avoir fait le saut en politique, la dame accédait au prestigieux poste de vice-première ministre du Québec, en plus de porter le double chapeau de ministre de la Sécurité publique et de ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale. Cette ascension pour le moins fulgurante ne semble pourtant pas avoir enflé la tête de la numéro deux du gouvernement, dont émane une aura de simplicité et d’autorité naturelle. C’est la première impression qu’on a lorsque Geneviève Guilbault se lève pour nous accueillir dans son vaste bureau du ministère de la Sécurité publique, situé sur le boulevard Laurier à Québec. Avant même que l’entrevue débute, on se dit que les fées se sont sûrement penchées sur le berceau de cette femme élégante aux traits fins et aux grands yeux bruns, à qui tout semble réussir.

Une enfance normale
Née le 4 novembre 1982 à Greenfield Park, en banlieue de Montréal, Geneviève Guilbault a très tôt déménagé à Québec avec sa famille. La séparation de ses parents alors qu’elle était très jeune, la garde partagée, la vie en famille recomposée: ces changements successifs n’ont pas incommodé outre mesure la fillette élevée par des parents aimants et attentifs. À l’école, la petite Geneviève récolte d’excellentes notes et c’est elle que ses camarades de classe viennent consulter pour obtenir des explications en mathématiques et en français. La «bolée» de la classe, donc? «Pas du tout, répond la ministre. J’étais une élève normale qui voulait simplement aider les autres et se sentir utile. Et avant que vous me posiez la question, non, je n’ai jamais été élue présidente de ma classe», dit-elle avec un sourire en coin. En revanche, cette étoile montante de la politique québécoise raconte volontiers ce souvenir d’enfance. «En période électorale, le jour du vote, ma mère m’emmenait avec elle derrière le paravent et me laissait tracer le X au bout du nom du candidat choisi. Je me sentais quelqu’un d’important à cette occasion. Peut-être que ça m’a marquée plus que je le pensais.»

Sciences et communication
Traversée toujours tranquille et sans histoire pour l’adolescente, au Collège Saint-Charles-Garnier de Québec qu’elle fréquente au secondaire, période durant laquelle se précisera son attirance pour les sciences. Après un diplôme d’études collégiales en sciences de la nature au Cégep de Sainte-Foy, l’étudiante commence un baccalauréat en mathématiques à l’Université Laval. Une seule session dans cette discipline suffit toutefois à la convaincre qu’elle n’est pas à sa place dans cet univers un peu trop abstrait à son goût. Elle s’inscrit alors au baccalauréat en communication publique, profil journalisme. Ce revirement de situation s’avérera très profitable pour la suite des choses. «Au début, les cours étaient très théoriques et j’avais hâte d’aborder des volets plus pratiques. Mais je savais que j’avais trouvé ma voie», affirme sans ambages la jeune trentenaire. Après son baccalauréat, elle entreprend une maîtrise en communication publique, profil relations publiques, qui lui vaudra une mention au Tableau d’honneur de la Faculté des études supérieures et postdoctorales. Son essai porte sur la communication institutionnelle et les organisations publiques. Alain Lavigne, à l’époque directeur du programme de maîtrise en communication publique au Département d’information et de communication, se souvient très bien de cette étudiante à la personnalité affirmée. «De toute évidence, c’était une personne rigoureuse et organisée qui savait où elle allait, explique le professeur Lavigne. Elle s’intéressait, entre autres, aux stratégies de communication gouvernementale, un sujet un peu rébarbatif et – avouons-le – pas très populaire auprès des étudiants. Cela ne m’étonne pas qu’elle soit rendue si loin.»

Début de carrière
Dès la fin de son baccalauréat, en 2006, Geneviève Guilbault devient attachée de presse adjointe au cabinet du ministre de la Sécurité publique et au cabinet du ministre de la Justice, alors sous le règne libéral. Elle est ensuite embauchée au Secrétariat du Conseil du trésor comme conseillère en communication, avant d’occuper un poste similaire au sein du ministère de la Sécurité publique. De 2009 à 2017, cette spécialiste en relations publiques est responsable des communications et des relations avec les médias au Bureau du coroner. C’est à elle que revient la tâche délicate d’informer la presse du déroulement des enquêtes liées à des événements tragiques comme l’accident ferroviaire de Lac-Mégantic, l’incendie de la résidence pour personnes âgées à L’Isle-Verte et la fusillade survenue à la grande mosquée de Québec.

Un tremplin pour la CAQ
Parallèlement, au début de la trentaine, la jeune femme songe de plus en plus à s’engager activement en politique. Déclinant l’offre du PLQ de se présenter dans la circonscription de Charlesbourg, en 2014, elle choisit de frapper à la porte de la Coalition avenir Québec, y noue des relations et fait tranquillement sa place. On connaît la suite. En septembre 2017, Geneviève Guilbault se porte candidate à l’élection partielle dans Louis-Hébert, l’emportant avec 51% des voix dans cette circonscription longtemps considérée comme une forteresse libérale. Fier de cette dynamique et pétillante recrue, le chef François Legault qualifie alors la jeune femme de «nouvelle étoile de la politique».

À cet égard, plusieurs observateurs estiment que la victoire de Geneviève Guilbault a représenté un tournant majeur, voire l’élément déclencheur ayant mené à la victoire de la CAQ, le 1er octobre dernier. La principale intéressée, elle, a le triomphe modeste. Sans aller jusqu’à dire qu’elle se trouvait à la bonne place au bon moment, Geneviève Guilbault estime que les Québécois en avaient plus qu’assez des «deux vieux partis» et que l’équipe de François Legault incarnait à merveille le changement.

Pourquoi avoir choisi la bannière caquiste, elle qui avait pourtant ses entrées dans des cabinets libéraux? La réponse fuse. «Je ne me sentais plus d’affinités avec le parti de Philippe Couillard.» La politicienne s’est d’ailleurs exprimée en toute franchise sur le sujet à l’émission Tout le monde en parle, diffusée à Radio-Canada, en octobre 2017. En premier lieu, le rôle trouble joué par certains personnages influents au Parti libéral sous le règne de Jean Charest, dévoilé lors des audiences de la commission Charbonneau, ensuite, le manque de renouvellement de l’équipe libérale, enfin, tout le débat entourant la question identitaire. Ces facteurs ont pesé lourd dans sa décision de quitter le navire libéral, elle qui – rappelons-le – a placé le mot «intègre» au cœur de sa campagne électorale. À son avis, les consultations sur le racisme systémique qu’a voulu mener l’ex-premier ministre Philippe Couillard auprès des Québécois ont constitué une importante erreur de parcours. «Est-ce qu’il y a des gens racistes au Québec? Probablement que oui, comme partout ailleurs. Mais de là à ériger le racisme en système et à prétendre qu’on a un problème de racisme… Nous, à la CAQ, on pense qu’il s’agit d’un appel à la division plutôt qu’à l’union.»

Les gens de sa circonscription
Quand on lui demande si certaines personnalités l’inspirent, Geneviève Guilbault nomme sans hésiter l’ancienne première ministre péquiste, Pauline Marois, «une femme qui, presque le lendemain de son accouchement, était assise derrière son bureau à travailler sur ses dossiers.» Il faut dire que Geneviève Guilbault n’est pas très loin de son modèle, elle qui a accouché trois mois après être devenue députée de Louis-Hébert, reprenant le travail peu de temps après, en y mettant les bouchées doubles. Plutôt discrète sur sa vie privée, Geneviève Guilbault indique seulement qu’elle a la chance de pouvoir compter sur «l’homme», un conjoint hors pair qui l’épaule dans les tâches parentales et ménagères. Sans compter l’aide des grands-parents et de la famille élargie. D’autres parents n’ont pas cette chance, reconnaît la jeune mère.

«J’écoute les gens de ma circonscription me parler des difficultés qu’ils éprouvent à concilier le travail et la famille. Le travail, la garderie qui ferme ses portes à 18 h… C’est quelque chose qui me préoccupe beaucoup.» Elle ne se départ pas de son empathie, où qu’elle aille. En effet, peu importe où on l’aborde dans sa circonscription de Louis-Hébert, que ce soit à l’épicerie, à la pharmacie ou au Dollarama, Geneviève Guilbault sourit, serre des mains, prend des nouvelles de «ses» gens. «Ce sont eux qui m’ont élue, je leur dois beaucoup», concède la rayonnante ministre, pour qui l’aventure ne fait que commencer.

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Élus et diplômés
Par Manon Plante

Plusieurs politiciens québécois ont fréquenté une université. Une récente compilation des diplômes obtenus par les députés provinciaux (élus entre 1985 et 2018) et décernés par une université francophone du Québec montre que l’Université Laval fait bonne figure à l’Assemblée nationale. Dans les années 1980, parmi les 81 députés diplômés d’une université québécoise francophone, 21 provenaient de l’Université Laval. Dans les années 1990 et 2000, ils étaient respectivement 24 et 33 diplômés de l’Université Laval parmi les 86 et 133 élus issus d’une université québécoise francophone. Enfin, depuis le début des années 2010, 41 diplômés de l’Université Laval ont siégé à l’Assemblée nationale parmi les 175 diplômés d’une université québécoise francophone.
Source: Montréal Campus

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Une grande source d’inspiration
Par Manon Plante

La femme qui, grâce à ses réalisations, a fait naître et a attisé les ambitions politiques de Geneviève Guilbault est également une diplômée de l’Université Laval. Pauline Marois (Service social 1971), première femme à occuper le poste de premier ministre du Québec (2012-2014), a joué un rôle important sur la scène politique québécoise pendant plus de 30 ans. Ayant dirigé neuf ministères, elle est la personne qui a exercé le plus de fonctions ministérielles dans l’histoire du Québec.

Pour souligner son apport exceptionnel dans la communauté, l’Université Laval a décerné, en 2018, un doctorat honoris causa à cette femme engagée. «Mme Marois a marqué la société québécoise par ses grandes qualités humaines, sa détermination et son leadership. Ses contributions en tant que travailleuse sociale, administratrice ou politicienne sont innombrables. C’est avec beaucoup de fierté que la Faculté des sciences sociales accueille cette distinction qui lui est offerte», a affirmé François Gélineau, doyen de la Facul­té des sciences sociales, lors de la remise du doctorat honorifique.

Pauline Marois, pour sa part, a admis s’être inscrite en service social pour son amour de la justice. «Pour moi, cela signifiait de pouvoir lutter contre la pauvreté, pour l’égalité des chances, contre la détresse humaine. J’étais convaincue que je pouvais agir pour changer les choses.» Lors de la récep­tion de la distinction, elle a attiré l’attention sur tous ces politiciens qui, comme Geneviève Guilbault, rêvent de contribuer au développement de la société québécoise. «J’apprécie cette reconnaissance personnelle et je la reçois avec une pensée particulière pour celles et ceux qui acceptent de s’engager dans l’action sociale et politique. Ces femmes et ces hommes qui sont prêts à travailler avec cœur pour construire une société plus juste et, surtout, plus humaine.»

 

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