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Automne 2019

Stéphan La Roche: un homme et son musée

Directeur général des Musées de la civilisation, Stéphan La Roche a trouvé dans le domaine de la culture et des arts la voie royale vers l’accomplissement.

Stéphane Audet/Icône

En 1988, le Musée de la civilisation ouvre ses portes à Québec. Alors étudiant à la Faculté de droit, Stéphan La Roche (Droit 1989) y occupe son tout premier emploi. Guide-animateur durant l’été et les fins de semaine, il est loin de se douter que, près de 30 ans plus tard, il sera à la barre de l’établissement. «Déjà, j’aimais aller à la rencontre des gens et leur faire découvrir de belles expositions», explique avec enthousiasme l’homme affable aujourd’hui dans la jeune cinquantaine. Depuis l’automne 2015, il est directeur général des Musées de la civilisation à Québec. L’ensemble comprend le Musée de l’Amérique francophone et le Centre national de conservation et d’études des collections, et fait l’envie de plusieurs institutions muséales à travers le monde.

D’abord, le droit
Né à Charny, en banlieue de Québec, Stéphan La Roche a grandi au sein d’une famille où l’on valorisait la culture. Un père collectionneur de tableaux, des parents qui voyageaient beaucoup et allaient au spectacle lui ont servi de précieux guides. Plutôt solitaire et réservé à l’école primaire, le jeune Stéphan s’est senti pousser des ailes dès le début de ses études secondaires au Petit Séminaire de Québec.

«Des activités parascolaires comme le journal étudiant et le conseil étudiant ont grandement facilité mon intégration, confie-t-il. J’ai aussi beaucoup joué dans des pièces de théâtre. J’en ai même écrit une avec des camarades de classe!» À la fin de ses études collégiales, Stéphan La Roche songe d’ailleurs à se présenter aux auditions du Conservatoire d’art dramatique de Québec. Ses parents l’incitent à choisir plutôt le droit – une formation qui, disent-ils, ouvre beaucoup de portes –, précisant à leur fils qu’il sera toujours temps pour lui de s’ajuster si son attirance pour le théâtre persistait. Pour illustrer cet argument, son père lui donne l’exemple du comédien Rémy Girard, qui a d’abord étudié en droit à l’Université Laval avant de mener une fructueuse carrière de comédien. «J’ai suivi son conseil et je me suis vite découvert un grand intérêt pour le droit. Encore aujourd’hui, ma formation juridique me sert dans la manière d’aborder un dossier ou de préparer une réunion. Mais je continue à croire que j’avais un certain talent de comédien», assure le directeur, un sourire au coin des lèvres.

Frais émoulu de l’École du Barreau, le diplômé décroche en 1990 un emploi à la Direction des affaires juridiques du Secrétariat du Conseil du trésor. Il y demeure deux ans, avant de se retrouver sans emploi, en raison de la mauvaise situation économique. Peu après, il croise par hasard celui qui avait été son mentor au Parlement étudiant à la Faculté de droit, André Boulerice, député de la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques. Ce dernier est à la recherche d’un assistant parlementaire et propose à Stéphan La Roche de poser sa candidature. L’offre arrive à point nommé pour le jeune avocat, qui occupera ce poste jusqu’à ce qu’on lui propose, deux ans et demi plus tard, d’être directeur de cabinet adjoint, d’abord à l’Assemblée nationale, puis au cabinet de la ministre de la Culture et des Communications, Louise Beaudoin. Cette porte d’entrée dans la sphère culturelle agit sur lui comme une véritable révélation. «J’ai compris que c’était dans ce monde que je me sentais heureux et utile. Le patrimoine, les arts et la scène: toutes mes passions étaient réunies.»

Réseauter à Paris
Au début des années 2000, Stéphan La Roche n’a pas encore 30 ans quand, après avoir été secrétaire du conseil d’administration du Conseil des arts et des lettres, puis directeur général de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) au Bureau de la Capitale-Nationale, il se voit offrir d’être directeur des services culturels à la Délégation générale du Québec à Paris. Ce séjour de presque quatre ans dans la Ville Lumière lui permet de développer un important réseau de contacts en France et dans d’autres pays d’Europe. Interrogé sur cette époque trépidante de sa vie marquée par des rencontres exceptionnelles, il évoque avec émotion une soirée passée en compagnie du chanteur et poète Gilles Vigneault.

«C’était le 19 février 2001 et Charles Trenet, ce monstre sacré de la chanson française, venait tout juste de mourir. Je soupais au restaurant avec Gilles Vigneault, qui ignorait la nouvelle. Quand je la lui ai apprise, il a eu un choc. Tout doucement, il a entonné une chanson de Trenet, avant d’enchaîner avec une deuxième, puis une troisième chanson. Tout le restaurant s’est arrêté pour l’écouter. Un moment magique.»

Douter puis plonger
De retour à Québec, en 2004, Stéphan La Roche entend parler du projet de transformation du Palais Montcalm en Maison de la musique. Le chantier est commencé, mais il lui semble que la construction n’avance pas aussi rapidement qu’elle le devrait. Après avoir rencontré Jean-Paul L’Allier, maire de Québec à l’époque, ce féru de musique classique et de théâtre élabore un plan d’affaires qui enchante à tel point le dirigeant de la Ville et son équipe qu’il se voit nommé directeur général du nouveau Palais Montcalm. Quatre ans plus tard, Stéphan La Roche devient directeur de la musique et de la danse au Conseil des arts et des lettres du Québec, avant qu’on lui propose en 2015 le poste de directeur général des Musées de la civilisation. Étonnamment, il a hésité avant de donner sa réponse. «Je me suis dit qu’il devait sûrement exister quelqu’un de plus qualifié que moi. C’est très sain de douter dans la vie. Les gens qui ne doutent pas sont souvent des gens insupportables», lance-t-il dans un grand éclat de rire. Ce qui l’a fait pencher? La barque datant du Régime français qu’on peut voir dans le hall du Musée! L’artéfact avait été mis au jour à l’occasion de fouilles archéologiques menées en 1985, juste avant la construction de l’édifice. C’est son frère, l’archéologue Daniel La Roche, qui l’avait découverte. «Je me suis dit que c’était presque une affaire de famille, tout ça. J’ai donc accepté!», confie-t-il à la blague.

Susciter l’émerveillement
À titre de directeur général, Stéphan La Roche travaille à conclure des ententes et des partenariats avec d’autres musées, que ce soit pour faire circuler des expositions ou pour en accueillir. Dans cette organisation et dans la gestion des collections, il est aidé par une équipe chevronnée sans laquelle, tient-il à préciser, rien ne serait possible. Julie Lemieux (Droit 1993), successivement consultante et secrétaire générale pour le Musée de la civilisation en 2018 et 2019, l’a souvent côtoyé. «C’est quelqu’un de très humain et de très accessible, à qui on peut s’ouvrir facilement, dit cette ancienne conseillère municipale à la Ville de Québec. Il est capable de détecter le meilleur dans chaque personne. C’est aussi un visionnaire qui possède une conscience aiguë du rôle que peut jouer le musée dans la société.»

Lorsque les gens reviennent d’une visite au Musée de la civilisation, Stéphan La Roche souhaite qu’ils en ressortent changés, pour ne pas dire émerveillés. Parce qu’ils y ont passé un moment agréable, y ont appris toutes sortes de choses avec, en prime, une conscience élargie de l’histoire et de la société. De la même manière qu’il en est fier, le directeur désire que les Québécois se l’approprient et s’enorgueillissent d’une telle institution, soulignant que «des musées comme celui-là, sur la planète, il n’y en a pas beaucoup.»

Depuis son arrivée à la tête de l’établissement, on lui doit une série d’expositions comme 25 x la révolte, Observer, Comme chiens et chats, Cerveau à la folie, Mon sosie a 2000 ans, Londres et, bien sûr, Hergé à Québec vue par 420 000 personnes en 5 mois, un record en 30 ans d’existence. Y en a-t-il une dont il est particulièrement fier? À cette question, Stéphan La Roche répond que c’est comme demander à des parents de désigner leur enfant préféré dans la famille. «On a envie de répondre qu’on les aime tous également, soutient-il. Cela dit, je suis très content des plus récentes, Venenum, un monde empoisonné et Curiosités du monde naturel, qui traitent d’aspects complémentaires à la science, à la nature et à la biodiversité.»

Redonner au suivant
Pour l’avenir, parmi les projets qui lui tiennent à cœur, figure la transformation du Musée de l’Amérique francophone, laquelle devrait être complétée en 2024. Stéphan La Roche souhaite y recréer ce qu’était autrefois le Musée du Séminaire, en y adjoignant une Maison des sciences. Ce chantier passe par la mise en valeur de la collection du Séminaire – plus de 225 000 objets, tableaux et pièces de mobilier – actuellement gérée par le Musée de la civilisation. Y participent plusieurs partenaires, dont la Bibliothèque des livres rares et anciens du Séminaire de Québec, l’École d’architecture et le Département des sciences historiques de l’Université Laval. Un genre de retour aux sources pour ce diplômé très attaché à ses racines «lavalloises» et membre du Conseil d’administration de l’Université depuis avril 2018. Il veut pouvoir redonner à son alma mater qui, dit-il, a servi de bougie d’allumage à son riche parcours. La mise en valeur de la collection du Séminaire, ajoute-t-il, représente probablement l’un des plus beaux rôles qu’il aura à jouer au cours de sa carrière. Stéphan La Roche dit peut-être vrai lorsqu’il affirme avoir un certain talent de comédien. Mais sa capacité à jouer de grands rôles, elle, ne fait aucun doute. 

***
Un heureux partenariat
Par Manon Plante

Depuis la nomination de Stéphan La Roche au poste de directeur général des Musées de la civilisation, plusieurs membres de la communauté universitaire ont apporté leur contribution aux expositions et activités du complexe muséal.

Trois expositions, entre autres, ont été réalisées en partenariat avec l’Université. Manger ensemble, présentée du 30 mars au 21 août 2016, portait sur le patrimoine alimentaire du Québec et a bénéficié des savoirs et des compétences de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique, dirigée par le professeur Laurier Turgeon. L’exposition Nano­technologies: l’invisible révolution, tenue du 9 mars 2016 au 15 octobre 2017, présentait les nombreuses applications des technologies de l’infiniment petit. Les professeurs Mario Leclerc, Jean-François Morin et Normand Voyer, du Département de chimie, ainsi que le professeur Marc-André Fortin, du Département des mines, de la métallurgie et des matériaux, ont étroitement collaboré à sa création. Finalement, Cerveau à la folie, présentée du 17 mai 2017 au 11 mars 2018, mettait en lumière les forces et les faiblesses de l’organe le plus fascinant du corps humain, notamment grâce à l’apport de plusieurs chercheurs du Centre de recherche CERVO. Les professeurs Yves De Koninck, Simon Duchesne, Christian Éthier, Pierre Marquet, Catherine Mercier et Pascale Tremblay, de la Faculté de médecine, ainsi que les professeurs Carol Hudon et Philip Jackson, de l’École de psychologie, ont été invités à prononcer des conférences en marge de cette exposition.

Plusieurs étudiants, professeurs et employés de l’Université ont également participé à la réalisation d’autres expositions. Soulignons, par exemple, le travail du professeur Jean-François Gauvin, du Département des sciences historiques, qui a été conseiller scientifique pour les modifications et les ajouts apportés à Curiosités du monde naturel, créée par le Natural History Museum de Londres. Évoquons aussi la contribution de Gilles Barbeau, professeur à la Faculté de pharmacie, à Venenum, un monde empoisonné, ainsi que celle de Nancy Couture, chargée de cours au Département de sociologie, et de Stéphanie Hamel, étudiante au baccalauréat intégré en sciences historiques et études patrimoniales, à Sortir de sa réserve: 400 objets d’émotion.

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  1. Publié le 23 septembre 2019 | Par Gertrude Bourdon

    Je tiens à vous remercier pour ce magnifique portrait de Stéphan. Homme de cœur et de passion, que j’ai le privilège de connaître, mais grâce à vous je le connais et l’admire encore davantage. Votre billet montre à quel point science, connaissances et art se rejoignent pour l’amélioration de notre société.

    Je vous remercie et vous pouvez transmettre mon message à Stéphan.

    Gertrude Bourdon, O.C., inf., B.A. diplômée de l’Université Laval
  2. Publié le 21 septembre 2019 | Par Sylvia L'Ecuyer

    Très beau portrait d'un homme remarquable d'efficacité, de simplicité et de talent. Merci!

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