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Photo de André Desrochers

La vie, ailleurs

Soit nous sommes seuls dans l’univers, soit nous avons de la compagnie. Ces 2 possibilités sont tout aussi extraordinaires l’une que l’autre, aurait dit Carl Sagan.

La NASA offrait récemment une réflexion sur la probabilité de vie ailleurs dans l’Univers, déclarant que nous devrions avoir des indications fiables d’ici une dizaine d’années. Je prends les prédictions de la NASA avec un grain de sel désormais, après leurs cafouillages1 côté prédictions climatiques, mais disons qu’ils ont un bon filon cette fois-ci, avec l’omniprésence de l’eau dans d’autres systèmes planétaires. On devrait finir par trouver des micro-organismes à défaut de trouver des organismes auxquels on s’identifie davantage.

vie

Équation de Drake
Supposons qu’il y ait des formes de vie plus complexes ailleurs dans l’Univers. Ce ne serait guère surprenant, si on accepte un raisonnement purement statistique. L’astronome Frank Drake avait proposé un tel raisonnement, l’équation de Drake, qui estimait que le nombre attendu de civilisations, juste dans notre galaxie, devrait être le produit de l’équation suivante: 

Nombre d’étoiles en formation par an dans notre galaxie
   multiplié par (x) la fraction de ces étoiles possédant des planètes
   x le nombre moyen de planètes potentiellement propices à la vie par étoile
   x la fraction de ces planètes sur lesquelles la vie apparaît effectivement
   x la fraction de ces planètes sur lesquelles apparaît une vie intelligente
   x la durée de vie moyenne d’une civilisation en années.

J’ai enlevé le facteur «fraction de civilisations désireuses de communiquer», car je parle ici du nombre estimé actuel de civilisations, et non pas du nombre avec lequel on pourrait communiquer. Drake estimait que ce nombre serait très élevé. Imaginez, déjà qu’on part avec environ 80 milliards de galaxies à l’échelle de l’Univers visible, chacune contient en moyenne 400 milliards d’étoiles! Oui bien sûr, le fait que la Lune a une masse pas si éloignée de celle de la Terre et d’autres particularités historiques similaires à celles de notre planète font de cette dernière un cas très spécial. Tout de même, avec l’immensité de l’Univers en temps et en espace, c’est plutôt étonnant que le ciel semble nous offrir un silence radio total.

Principes universels
Bien sûr, nous ne cherchons peut-être pas au bon endroit vu notre étroitesse d’esprit, un peu à l’image de la blague du lampadaire, traduite librement de Wikipédia: Un policier interroge un homme ivre qui cherche quelque chose sous un lampadaire. L’homme dit avoir perdu ses clés. Le policier lui demande s’il est sûr de les avoir perdues à cet endroit, ce à quoi l’homme répond non. Le policier lui demande alors pourquoi il les cherche à cet endroit, et l’homme de répondre: «C’est parce qu’ici j’ai de la lumière».

Il est possible en effet que la «vie» existe, mais sous des formes si étranges qu’on ne peut la déceler. Sauf que dans un tel cas, je me demande si le terme «vie» est approprié et, au fond, je ne vois pas pourquoi toute vie ou toute réalité qui dépasse nos sens ou notre logique devrait nous intéresser. Après tout, l’Univers qui nous intéresse est celui qui se prête à notre curiosité et à notre sens commun et, du coup, il devrait se soumettre à des principes universels que nous comprenons, comme nos lois de la physique et de la chimie.

Principes écologiques
Même si l’écologie est une science plutôt «molle», elle arbore certains principes solides elle aussi. Comme écologiste, la question qui me fascine est: Si on devait découvrir des formes de vies complexes (pluricellulaires), à quoi ressembleraient-elles? À des masses gélatineuses informes bleu poudre? À des humanoïdes avec quelques gadgets dans la figure comme dans Star Trek? À toutes les possibilités entre ces 2 extrêmes? Si on présume que les principes écologiques fondamentaux s’appliquent à l’ensemble de l’Univers au même titre que les lois de la physique, je crois qu’on peut se permettre quelques prédictions. Prenez la sélection naturelle telle qu’énoncée par Darwin. Pourquoi serait-elle un phénomène strictement terrestre?

Je crois que nous serions étonnés de la similitude entre les formes de vie complexes ailleurs et celles de notre planète bleue. Peut-être pas la couleur des poils ou la hauteur du front, mais des caractéristiques générales comme la symétrie bilatérale, des pattes, des yeux, des doigts, des ailes, etc. Des organismes sessiles2 et d’autres qui se déplacent. Vous direz que je manque d’imagination… Mais prenez la capacité de se déplacer. Ne confère-t-elle pas, peu importe l’endroit, un avantage sélectif dans un cas où un environnement ne serait composé que d’organismes sessiles? Ou encore, la symétrie bilatérale: si avoir 3 pattes est une mauvaise idée sur Terre, pourquoi serait-elle une meilleure idée ailleurs, même avec une atmosphère ou une force gravitationnelle différente? Ou encore les yeux: je peux difficilement imaginer une planète où la sélection darwinienne n’avantagerait pas des mutants capables de percevoir les photons par rapport aux autres organismes avec lesquels ils sont en compétition.

Comprenez-moi bien, si nous devions examiner une exoplanète pleine de biodiversité, nous serions aussi fascinés par une tonne de différences non contraintes par des réalités écologiques universelles comme celles énoncées ci-dessus. Tout comme Humboldt l’a été en arpentant l’Amérique du Sud. Car chaque planète, comme chaque continent sur terre, a sans doute eu son lot d’accidents historiques, déterminants dans le cours de l’évolution. Prenez l’impact cosmique qui a sonné le glas des dinosaures. Sans cet impact complètement accidentel, peut-être qu’une forme de vie reptilienne intelligente aurait évolué? Car il n’y a rien d’universel dans le fait que les formes de vie les plus intelligentes sur cette planète soient essentiellement des mammifères.

Un «pas dans ma cour» cosmique
On pourrait penser que toutes ces réflexions n’ont guère de portée sur les questions d’environnement qui dominent l’actualité. Pourtant, si. Prenez juste l’unicité de la Terre. Si on devait réaliser qu’une multitude de planètes riches en biodiversité existent, notre terro-centrisme en prendrait encore une fois pour son rhume. Cette Terre qui, avec Copernic et autres, est devenue quelconque dans la mécanique céleste, le deviendra-t-elle du point de vue de la vie cosmique?

Oui, c’est la seule planète dont on dispose pour l’instant, mais il y aurait une consolation dans l’idée que «la vie continuera» même si on devait y mettre un terme sur notre planète. Bien sûr, une chose rend notre planète unique dans l’univers: c’est la nôtre. Juste pour cette raison, elle mérite toute notre attention. Et pour une fois, j’aime vraiment le concept du «pas dans ma cour», car si je n’ai pas grand-chose à cirer d’une planète bleue dans la nébuleuse d’Orion, si riche en biodiversité soit-elle, j’aime l’idée de travailler à maintenir «ma» planète dans toute sa splendeur, parce que je la vis à tous les jours.

1 Prenez l’El Niño de 2014-2015, annoncé en grande pompe, mais qui ne s’est finalement pas matérialisé.

2 Fixé au sol, incapable de se déplacer, etc.

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  1. Publié le 7 mai 2015 | Par Student

    Trop peu de commentaires sur cette page! Je suis toujours étonné de constater le peu d'intérêt qu'ont nos contemporains à lever de temps en temps les yeux vers le ciel. C'est pourtant un exercice à la fois utile et apaisant pour l'esprit. Cela permet de se détacher un peu de cette existence qui nous accapare, de toutes ces tâches bien souvent inutiles pour lesquelles nous accordons beaucoup trop d'importance. Ah, le sempiternel dualisme de cette réalité crue avec laquelle il faut composer, non plus pour survivre, mais pour satisfaire cette quête constante du confort....

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