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Hiver 2017

Humour et rigueur, façon Pharmachien

Vulgarisateur irrévérencieux, le diplômé Olivier Bernard défend avec ardeur la rigueur scientifique en matière de santé.

Photo Jocelyn Michel, ICI Explora

Dans un café du Plateau-Mont-Royal, Olivier Bernard (Pharmacie 2004 et 2006) se raconte en sirotant un chaï latte. Parce que c’est bon au goût, tout simplement. N’allez pas croire que l’homme prête au dit breuvage certaines propriétés curatives! Aliments détox, petits fruits anticancer, simili-casse-grippes et autres boosters du système immunitaire: très peu pour lui. «Je suis fasciné et désespéré par le nombre de mythes qui prévalent en santé», s’exclame celui qui incarne le Pharmachien.

Ce pharmacien de formation, aussi titulaire d’une maîtrise en recherche fondamentale et clinique, s’est donné pour mission de déboulonner ces mythes. Il s’y consacre depuis cinq ans, d’abord à la faveur d’un blogue, puis de livres, de conférences et, enfin, de l’émission Les aventures du Pharmachien dont la diffusion a débuté en décembre sur la chaîne Ici Explora.

Parmi ses cibles de choix: l’homéopathie. «Un des traitements les plus absurdes jamais inventés dans l’histoire de l’humanité», lance-t-il. Il en a aussi contre ceux qui, à partir d’expériences personnelles d’autoguérison, émettent des recommandations généralisées: «Des anecdotes de retour à la santé grâce à une méthode ou à un produit non homologués sont possibles; la science n’explique pas tout. Mais en faire la promotion s’il n’existe pas d’études cliniques équivaut à un manque de rigueur morale.»

Le Pharmachien est donc le gardien des faits, des preuves objectives. Au-delà de cette frontière, s’abstenir. «Comme spécialiste de la santé, j’ai la responsabilité d’expliquer ça aux gens. Et de le faire d’une manière qui passe bien.»

Sa touche unique est faite d’accessibilité, d’irrévérence et d’autodérision sur fond d’humour mordant et coloré. Sans sacrifier la rigueur. Et ça fonctionne! Au moment d’écrire ces lignes, le blogue du Pharmachien générait en moyenne 350 000 visites par mois. S’ajoutent 144 000 abonnés Facebook où chacune de ses publications rejoint de 250 000 à 500 000 personnes. Avec 30% d’Européens, son lectorat dépasse les frontières du Québec. Quant à sa série télévisée, le premier épisode a attiré plus de 350 000 téléspectateurs sur les chaînes ICI Radio-Canada Télé et ICI Explora combinées. Fait à noter, le contenu simple et visuel du Pharmachien rallie les personnes de tous âges: «Je suis constamment épaté par le nombre de parents qui me disent que les jeunes, même les enfants, trippent sur mes BD et mes livres.»

Un polygraphe dans la tête
Originaire de l’arrondissement Beauport, à Québec, le jeune Olivier s’est lui-même interrogé très tôt sur le monde qui l’entourait. «J’ai toujours été sceptique», admet-il en souriant. À cet enfant qui posait 1000 questions, son père et sa mère, employés dans le secteur de l’administration, avaient intérêt à fournir des réponses qui tenaient la route: «Je mettais sans cesse mes parents au défi, tout comme mes professeurs, dès le primaire.» Sa mère l’appelait son petit Thomas, l’apôtre incrédule.

Bien malin qui aurait pu prédire l’avenir de ce gamin. Lui-même n’en savait rien. Entre l’idée d’être astronaute ou coroner pathologiste, des penchants pour le droit et pour les sciences bioagroalimentaires, la pharmacie est sortie du lot sans raison précise. «Les deux premières années, je me demandais ce que je faisais dans ce programme, avoue-t-il. Jusqu’au moment des stages en officine. Les consultations m’ont vraiment accroché: donner des explications aux clients pour les aider à faire des choix éclairés, c’est vraiment ce que j’aime.» Depuis, il a toujours gardé un pied dans cet aspect de la profession, combinant sa présence en officine à ses autres activités.

En 2004, son diplôme sous le bras, il aurait d’ailleurs pu se consacrer entièrement à la consultation. Mais pas de chemin tracé pour Olivier Bernard… «Je suis un atypique, admet-il, toujours en mode “essayer des trucs”.» Pourquoi pas des études de deuxième cycle en génétique moléculaire? «C’était tellement loin de ce que je connaissais, l’inconnu m’a attiré.»

Professeure titulaire et directrice du laboratoire de pharmacogénomique au Centre de recherche du CHU de Québec, sa directrice de mémoire, Chantal Guillemette, se souvient bien de l’étudiant. Seul représentant du domaine de la santé au milieu d’une bande formée en sciences, le gaillard s’était rapidement intégré à l’équipe de travail. «Déjà, il savait marier rigueur et humour, se rappelle-t-elle. Olivier est un pince-sans-rire. Il avait doté notre site Web interne d’un quiz de personnalité cocasse et sarcastique où il n’avait pas hésité à se mettre en scène.» La chercheuse reconnaît là les traits du Pharmachien avant l’heure. Le passage d’Olivier Bernard à son laboratoire de pharmaco­génomique a été un succès, estime Mme Guillemette, précisant que sa maîtrise, obtenue en 2006, figure au tableau d’honneur de son programme. «Pour quelqu’un dont le parcours n’était pas collé à la recherche, il y a de quoi être fier.»

Le principal intéressé, lui, reste modeste. L’excellence de son dossier, pense-t-il, découle de ses qualités de vulgarisateur. Des facultés qui prendront, quelques années plus tard, une tournure pour le moins originale.

De Pharmachiot à Pharmachien
Nous sommes maintenant en 2012. Un boulot dans l’industrie pharmaceutique occupe Olivier Bernard depuis six ans sans le satisfaire: «Je pensais créer des médicaments pour guérir les gens. J’ai compris que la réalité n’est pas aussi simple.» Un sceptique idéaliste, ça se peut? Apparemment oui, et celui-ci, désillusionné, s’ennuie…

Pour se distraire, il revêt son habit d’explorateur et approfondit les rouages des réseaux sociaux. Toujours en mode essai, il bricole un blogue dans lequel il publie des capsules vidéo fabriquées en auto­didacte, où il revisite des croyances véhiculées par ses clients ou son entourage. Il s’affiche sur Twitter et Facebook. «Ça nourrissait mon côté geek tout en ajoutant une corde à mon arc», précise-t-il. Son topo initial, «Recette pour faire votre propre homéopathie à la maison», pourfend sa cible de choix en proposant une préparation à base d’un produit nettoyant, le CLR. Un peu baveux, convient-il, mais très documenté. Et il assume à 100%. Son pseudonyme de Pharmachien vise d’ailleurs à ajouter un côté rigolo à ses interventions, et non à camoufler son identité ou à s’inventer un personnage. «Ma transparence a toujours été prioritaire, dit-il. En tant que membre d’un ordre professionnel, j’ai le devoir d’assumer mes propos.»

S’il se prête au jeu avec sérieux, le Pharmachien n’y voit au départ qu’un passe-temps qui va s’essouffler. Mais, surprise, son public-test, formé d’une trentaine de proches, s’élargit rapidement. «Les choses ont vraiment déboulé», s’étonne-t-il encore. Pour fournir, le blogueur a dû troquer les capsules, chacune prenant un mois à réaliser, pour des bandes dessinées. Scénarios, plaquettes, logiciels de dessins: encore là, il n’y connaissait rien. Pas grave. Son premier organigramme sur la distinction entre rhume et grippe n’a pas nui à la popularité de son site, au contraire. Son ton concis et familier, ses bonshommes à l’allure un peu trash mettent en lumière ses talents de vulgarisateur, et son site regorge de commentaires du genre: «Merci, c’est simple à comprendre et ça aide.»

Dès 2013, sa popularité lui vaut diverses propositions. Plusieurs éditeurs lui soumettent des projets de livres. D’instinct, il accepte celle des éditions Les Malins où paraîtra Différencier le vrai du n’importe quoi en santé, en 2014, suivi du Guide de survie pour petits et grands bobos, en 2015. Les deux bouquins s’inspirent du contenu de son blogue, mais largement bonifié. «Publier des livres n’était pas dans mes plans, c’est du pur hasard, assure-t-il. Pareil pour Les aventures du Pharmachien. Quand des producteurs m’ont contacté, je n’étais pas convaincu.»

Il a pourtant acquiescé à l’offre de DATSIT Studios, un producteur qui lui laissait beaucoup de marge de manœuvre. Olivier Bernard a ainsi pris part pour la première fois à un projet collectif. Et pour un obstiné de sa trempe, comment se vit un tel partage des commandes? «C’était un grand lâcher-prise… très positif! Soumettre mon travail à d’autres et composer avec les moyens et les limites de la télé, ça m’a permis de me renouveler.»

Il qualifie l’expérience de fantastique, mais pas au point de conclure à la pertinence d’une suite: «Si la série marche bien, on verra.» C’est que le Pharmachien ne prévoit rien à l’avance. Et à l’entendre, aucun de ses projets n’était censé fonctionner. Sceptique, même envers ses réussites? «Je ne tiens rien pour acquis», corrige-t-il.

Notoriété et effets secondaires
Chose certaine, le Pharmachien est de plus en plus médiatisé, ce qui pose un défi à celui qui se décrit comme un introverti: «J’apprivoise la notoriété graduellement. Tant mieux si être “connu” me permet d’amener mes projets plus loin.»

Au risque de se faire traiter de «pharma­chiant» sur les réseaux sociaux. Car le discours d’Olivier Bernard ne plaît pas à tous. Son blogue, très commenté, s’attire des «J’aime», mais aussi des foudres. On ne brasse pas des idées reçues sans causer de secousses, surtout en matière de santé. Son passage à l’émission Tout le monde en parle de Radio-Canada, en novembre dernier, a provoqué une vague de critiques dans les médias. Sa série télévisée aussi fait jaser. «Alimenter le débat public, ça me va, si ça peut faire bouger les choses, concède-il. Mais je ne prends aucune remarque à la légère. Recevoir les réactions, gérer la controverse et trouver la bonne manière d’y répondre: c’est mon côté service à la clientèle.»

Par contre, les menaces de poursuites pour le faire taire, c’est une autre paire de manches. Trois événements sérieux (sur lesquels il ne peut élaborer) l’ont déjà contraint à se défendre contre ses détracteurs. «Il faut être un peu fou pour aller au front. Ça m’a coûté cher en avocat.» Ces situations délicates se sont conclues en sa faveur, mais l’ont forcé à des remises en question. «Une fois en particulier, j’ai dû prendre une longue pause. J’étais à deux doigts de tout lâcher, mais après quelques mois, le blogue m’a trop manqué.» Le Pharmachien a donc repris le collier… en assurant ses arrières. «Dorénavant, je sais ce que je peux dire ou non. Les avertissements sur mon site ne sont pas là pour rien.»

Histoire d’assurer son équilibre, il part quelques fois l’an, avec tente et sac au dos, pour un séjour d’aventures en solo. Là, il prend du recul. «Les voyages, les randonnées, c’est ma passion. Être en contact avec la nature m’aide à me recentrer et à réfléchir.»

Cet équilibre lui permet de rester bien en selle. L’année 2016 a été trépidante et 2017 s’annonce de même: poursuivre la promotion de la série télévisée dont le dernier des 15 épisodes sera diffusé en mars; terminer la rédaction de son troisième livre qui paraîtra à l’automne; alimenter son blogue auquel une version anglophone, The Pharmafist, s’est greffée; donner des conférences. «Et quoi que ce soit d’autre qui me tombera dessus.»

En tout cas, il n’a pas d’attentes. «Ce n’est pas du pessimisme. Je préfère m’ajuster au fur et à mesure.» Si un jour le Pharmachien ne fonctionnait plus, ou si lui-même décidait de passer à autre chose, Olivier Bernard a des plans, notamment celui d’enseigner à l’université ou au cégep. Mais pour l’heure, côté santé, il reste des zones qui regorgent de mythes, dont certaines –la périnatalité et la petite enfance par exemple– qu’il n’osait fouler sans expérience vécue. Ce qui pourrait changer: le mi-trentenaire et sa conjointe, l’auteure India Desjardins, songent à fonder une famille.

Un système en santé pour l’avenir
Cela dit, s’il ne nourrit aucune attente sur son avenir professionnel, Olivier Bernard caresse des espoirs pour le système de santé. À commencer par le désir que chacun prenne en charge son propre bien-être. « C’est l’un de mes objectifs avec le Pharmachien. Pour améliorer le système actuel, ce serait le jour et la nuit.»

La démarche n’est pas aisée. «Les gens sont à la recherche de solutions faciles et rapides à leurs problèmes. Ils s’informent sur Internet. Disposer d’information, c’est une bonne chose, tant que cette info est juste. Or, la majorité de ce qu’on lit sur le Web est faux. »

Malheureusement, constate le blogueur, les gens se méfient davantage du système de santé que de la Toile. Il en veut pour preuve cet argument souvent entendu qui le désole: «T’es un pharmacien, tu veux que les gens prennent plus de pilules.» «Mon message, c’est exactement le contraire! Pour que les gens en soient rendus à penser ça, j’ai l’impression qu’un fossé s’est créé entre eux et les professionnels de la santé.»

Réduire ce fossé: c’est à mettre sans tarder à l’ordre du jour, soutient-il. Avec l’autodérision qu’il pratique dans le Pharmachien, c’est un peu ce qu’il vise. «Je souhaite que les gens sentent que je suis dans leur gang. Si mon petit 0,0001% peut faire la différence…» Sa contribution pour renouveler la profession, si minime la perçoive-t-il, a été reconnue par l’Ordre des pharmaciens du Québec qui lui a remis le prix Innovation 2015.

Pour les professionnels de la santé, se rapprocher des gens signifie aussi se reconnecter aux besoins des patients, poursuit Olivier Bernard, faire place à plus d’écoute et d’empathie. Est-ce l’idéaliste qui parle? «Non. Un modèle de haut niveau comme l’urgentologue Alain Vadeboncœur, tellement humain et disponible, me confirme que ce n’est pas une utopie. Si on s’y met, on peut ressusciter le système de santé.»

Et pour ça, pas besoin de preuve scientifique. Le petit Thomas y croit.

***
Une famille de blogueurs scientifiques
Par Mélanie Darveau

De nombreux diplômés, ainsi que certains professeurs et chargés de cours de l’Université, ont eux aussi pignon sur Web. Tous mettent leur expertise et leurs connaissances au service de la vulgarisation scientifique dans différents domaines.

Anne-Marie Desbiens (Sc. et techno. des aliments 2009; Administration 2016), mieux connue sous le nom de Foodie scientifique, ne cache pas la filiation de son blogue avec celui du Pharmachien, qui l’inspire grandement. Comme lui, elle rédige ses propres textes et crée ses illustrations, s’assurant ainsi de présenter de manière compréhensible et ludique la science qui se cache derrière les aliments.

Quelques diplômés bloguent aussi sur des sujets liés à la nutrition et à l’agroalimentaire (voir plus bas). Parmi eux, Simone Lemieux (Diététique 1991; Sc. de l’activité physique 1993; Physiologie-endocrinologie 1996), professeure à l’École de nutrition de l’Université. Sur le site des blogues de Contact, elle traite de comportements alimentaires et des facteurs qui les influencent. Chez Contact, quatre autres experts de l’Université alimentent la réflexion sur des sujets d’actualité liés à leur domaine de recherche: l’architecte Martin Dubois (Architecture 1993 et 1955), le sociologue Simon Langlois (Sociologie 1970 et 1974), la psychologue de l’éducation Margarida Romero et le juriste Ivan Tchotourian.

Sur d’autres plateformes, plusieurs blogueurs suivent de près l’actualité scientifique et traitent de l’incidence sociale, économique ou environnementale des plus récentes découvertes. En voici trois, dont la réputation n’est plus à faire: Valérie Borde, chargée de cours au Département d’information et de communication, Jean-François Cliche (Histoire 1997) et Pascal Lapointe (Communication 1987 ; Histoire 1990).

L’environnement, l’informatique et l’histoire font aussi partie des multiples sujets que les diplômés se plaisent à décortiquer et à analyser. Voici une liste non exhaustive de ces blogues, selon les domaines traités. Pour ajouter des noms à cette liste de diplômés blogueurs et vulgarisateurs, rendez-vous dans la zone «Commentaires» ci-bas.

Environnement

Finances et économie

Histoire

Informatique

Linguistique

  • Line Gingras (Français 1976; Anglais 1977; Traduction 1980)
  • Jacques Maurais (Pédagogie pour enseignement collégial 1972; Français 1972; Linguistique 1975)

Nutrition et agroalimentaire

Sciences et technologies

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  1. Publié le 18 février 2017 | Par Louise Desautels

    Cet article présente un portrait global d’Olivier Bernard. Pour en savoir plus sur les sujets qu’il aborde, pour consulter ses sources ou pour discuter avec lui, rendez-vous sur le blogue du Pharmachien: http://lepharmachien.com/
  2. Publié le 18 février 2017 | Par serge lemay

    Dès que l'on prétend avoir le monopole de la vérité et de la raison avant d'avoir au moins cinquante ans, je trouve ça louche. Le doute est mon seul absolu et je doute surtout de ceux prétendent au nom de la science, avoir raison. Avez-vous remarqué qu'il ne cite jamais ses sources? Il affirme plein de choses sans jamais dire pourquoi il les affirme! C'est louche...

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